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ÉPISODE 5

La Dactylographie de la Manufacture d'Armes et Cycles de Saint-Étienne

Concours de dactylographie

Après nous être penchés sur le fonds de la SCOPD, revenons au " Vrac " Manufrance. L'équipe chargée de ce tri a commencé, voilà maintenant deux mois, l'étude de la rubrique " Direction juridique et fiscale "...

Avancement du tri

Notre équipe a découvert, à cette occasion, des documents riches en informations, permettant non seulement de comprendre l'organisation et le fonctionnement, mais également le champ d'action du service juridique au sein de l'entreprise. Une nombreuse correspondance, des contrats, des études sur les règlementations juridiques, différents litiges, ainsi que de nombreux documents ayant trait à la gestion immobilière composent cette rubrique, soit un peu plus de 30 mètres linéaires.
Suite à ce thème, et ce dernier contenant une partie non négligeable de documents ayant un lien avec la gestion immobilière, l'équipe des Archives départementales a effectué le tri et l'analyse de la rubrique Bâtiment-Matériel. Cette dernière fut scindée en deux grands secteurs : d'un côté, les documents et plans concernant les bâtiments et sites de Saint-Étienne, de l'autre, les maisons de vente parsemées sur le territoire français.
Enfin, a été également effectuée l'analyse du thème Informatique. Dans les années 1960, Manufrance introduit l'informatique dans ses murs. Sont également présents dans le fonds des documents traitant de l'installation mécanographique dans l'entreprise, ainsi que sa gestion.
Actuellement, l'équipe a commencé l'étude des dossiers traitant et répertoriant les différents fournisseurs et sous-traitants de l'entreprise, ce qui représente une partie importante du fonds avec environ 750 mètres linéaires d'archives.


Quelle est la méthode ?

Traces d'archives

Comme nous avons pu le lire lors de l'épisode 3, Étienne Mimard était un véritable capitaine d'industrie, les voyages qu'il fit à l'étranger et notamment aux États-Unis le persuadèrent que le secret du succès d'une entreprise résidait dans la bonne formation de ses ouvriers et de l'attention qu'il devait leur porter. Il savait que ces deux aspects allaient lui permettre d'obtenir un travail de qualité dans un temps limité.
Quelle est la meilleure méthode de doigté en dactylographie : la française ou l'américaine?, cet article, paru dans la Revue du Bureau en octobre 1923, va entraîner au sein de la direction de Manufrance une réaction, donnant naissance à une correspondance entre le directeur du journal, Jean Navarre et le directeur adjoint de l'entreprise stéphanoise, Jean Fontvieille.
Dans cet article, l'auteur explique les théories de la dactylographie, et expose de nombreux témoignages comparant ainsi les différentes techniques de frappes et les différents claviers. Jean Fontvieille réagit en mettant en avant la formation de la Manufacture d'Armes et Cycles de Saint-Étienne : " Des centaines de dactylographes formés à l'école de la Manufacture française d'Armes et Cycles de Saint-Étienne, non seulement n'éprouvent pas le besoin d'abandonner la méthode des dix doigts, mais encore ne manquent pas une occasion de proclamer qu'elle est de beaucoup préférable à celle de 2, 3 ou 4 doigts. " Il explique également que la Manufacture utilise des claviers français, facilitant ainsi le travail des dactylographes, la disposition des touches étant adaptée à la langue française. On sait en effet qu'Étienne Mimard avait fait modifier le clavier des machines à écrire de ses facturières, certes pour avoir une meilleure productivité, mais également pour pouvoir garder ses meilleurs éléments. En effet, si ces dernières désiraient quitter l'entreprise, elles étaient dans l'obligation de réapprendre à taper à la machine. La manufacture stéphanoise avait fait de la dactylographie une science à part entière, s'inscrivant dans une étude scientifique du travail.


Concours de dactylographie

De plus, Étienne Mimard avait réussi à faire naître une véritable émulation autour de cet art. Toujours dans le but d'obtenir de meilleurs résultats, des concours de rédaction étaient organisés au sein de l'entreprise. Ceux-ci lui permettaient de mettre en valeur le travail effectué en bas de la hiérarchie et de donner de l'importance à ses ouvriers. Jean Fontvieille explique l'importance de la formation au sein de la société par diverses observations que les dirigeants ont pu faire sur un millier de dactylographes : " On comprend la valeur de ces observations pour une maison qui, comme la Manufacture française d'Armes et Cycles, reçoit chaque jour des courriers de 5000 à 10000 lettres. L'importance du travail journalier fait que la moindre économie de temps se traduit par une somme importante à la fin de l'année. " Une telle analyse montre l'importance de la dactylographie pour le bon fonctionnement de la Manufacture stéphanoise.

 

 


Barême correction dactylographie

Enfin, ces concours organisés au sein de l'entreprise permettaient de préparer les employés aux concours se déroulant au niveau national. Comme le mentionne Jean Fontvieille : " Grâce à l'utilisation du clavier français et de la méthode des dix doigts, la Manufacture française d'Armes et Cycles a pu figurer brillamment dans les différents concours de dactylographie auxquels elle a pris part. C'est ainsi qu'elle a obtenu : 2e prix de vitesse à Grenoble 1911, 1er prix de travaux pratiques - 2e - 4e et 5e prix de vitesse à Orléans en 1912. 1er - 2e - 3e - 4e prix de vitesse à Lyon en 1913, 1er prix de vitesse à Paris en 1913 [...] ". Suite à cet échange entre les deux hommes, paraîtra au sein de cette revue l'analyse de Jean Fontvieille.
Ces concours faisaient, de par la sévérité des barèmes de correction, certes la notoriété du vainqueur mais surtout celle de l'entreprise. Les barèmes présentés ci-contre traduisent de manière flagrante l'esprit de discipline et de rigueur auquel Étienne Mimard tenait tant. C'est donc grâce à ce type de gestion du personnel, toujours tournée vers un objectif de productivité à dimension humaine, que la Manufacture stéphanoise a gagné sa notoriété.


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