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La restauration du sphinx, une grande aventure

Il était grand temps pour le sphinx de la Bâtie d’Urfé de suivre une cure de rajeunissement. Claude d’Urfé, bâtisseur du château, avait fait réaliser cette statue à la Renaissance. Après 400 ans passés en extérieur algues, mousses et lichens l’avaient envahie. Une restauration était donc nécessaire pour sauver le gardien du château.

Le sphinx : renaissance du mythe

La restauration d’une telle sculpture de pierre est très rare, même pour les restauratrices qui sont intervenues, car il reste aujourd’hui peu d’exemples de sphinx du 16e siècle. L’opération, qui s’est déroulée en plusieurs étapes, aura duré environ 8 mois, de novembre à juillet 2014.

1 - Jour J, le 7 novembre 2013 : la dépose

Le sphinx et son socle orné de hiéroglyphes ont été déposés puis déplacés pour pouvoir ensuite être restaurés dans une salle du château.

Le sphinx n’était pas fixé sur le socle : il reposait simplement sur dernier. Après avoir mis en place un échafaudage, les restauratrices ont installé des palans (treuils) afin de pouvoir soulever la statue.

 

Le socle, lui, était scellé à son piédestal. Avant de le déposer, il a fallu le désolidariser de sa base. Compte tenu des grandes fissures apparentes, les risques de rupture de l’œuvre étaient très importants. Heureusement, tout s’est déroulé sans encombre. Une fois une partie du mortier de chaux dégagée, les restauratrices ont pu sangler le socle et le déposer.

Le bilan de la première journée s’est avéré très positif malgré les inquiétudes initiales. Les œuvres se sont révélées en meilleur état que ce qui était envisagé. La restauration est heureusement intervenue avant que leur intégrité profonde ne soit altérée.


2 - L'heure du traitement : la restauration en salle

Place à la seconde étape de la restauration ! Un traitement biocide - une solution aqueuse à base d'ammonium - a été appliqué à l'aide d'un pulvérisateur sur toute la surface du sphinx et du socle. Le produit a ensuite agi pendant environ 3 semaines. Pour qu'il fasse effet, la pièce a dû être maintenue à des conditions de température spécifiques : entre 10 et 25°C.

À l'issue de ce temps de pose, le nettoyage peut débuter. Le traitement a été efficace : les mousses, lichens, et algues qui parasitaient la sculpture sont devenus noirs. À l'aide d'une petite brosse ou d'une brosse à dents, la restauratrice retire la première couche de microorganismes éliminés par le traitement biocide. Pour ôter les mousses récalcitrantes, elle procède ensuite au micro sablage, une sorte de « gommage ». Lors de cette phase, le sphinx et le socle ont été tour à tour isolés sous une tente de protection afin de limiter la propagation des poussières.

 

Sablage du Sphinx de la Bâtie d'Urfé Sablage du Sphinx de la Bâtie d'Urfé Sablage du Sphinx de la Bâtie d'Urfé

 

Les restauratrices ont ensuite réparé les détériorations causées par certaines restaurations, parfois grossières, réalisées au cours du 20e siècle. Des bouchages en ciment comblaient certains manques avec des chevilles en fer, un matériau dont l'oxydation est néfaste pour la pierre. Pour fixer les nouveaux bouchages, des chevilles en inox ont remplacé les agrafes métalliques.


3 - La réalisation de la copie

Pour garantir sa conservation, le sphinx original a dû être placé à l'abri. C'est donc une nouvelle statue qui règne depuis peu sur la cour du château. La rampe d'accès ne pouvait en effet se retrouver privée de cette sculpture, pièce maîtresse du programme décoratif de Claude d'Urfé et de son message humaniste. Le choix de réaliser une copie a donc été retenu.

Celle-ci a été sculptée dans un atelier parisien. Le sphinx a pour cela été transporté jusqu'à Paris afin de servir de modèle au sculpteur.

 

Beaucoup trop fragile pour supporter un déplacement, le socle est quant à lui demeuré au château. Le sculpteur a procédé à un estampage sur place. Il a réalisé des moulages en plâtre des hiéroglyphes pour les reproduire dans son atelier sur un socle de même forme, dimensions et matériau.


4 - Le retour au château

Le sphinx et sa copie ont regagné le château de la Bâtie où le public peut les (re)découvrir.

Un détail de la sculpture du 16e siècle vous intriguera sans doute… Sur le sphinx original, la patte gauche a été retirée. Réalisée au 19e siècle pour combler celle d’origine, elle était de facture très grossière. Pour préserver l’intégrité des œuvres, les choix de restauration actuels privilégient le retrait des restitutions postérieures lorsqu’elles dénaturent l’aspect initial.


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