DOSSIER
Novembre-Décembre 2016
SOCIAL

Dépasser le handicap

CHEF DE FILE DE L’ACTION SOCIALE, LE DÉPARTEMENT DE LA LOIRE VEUT FAVORISER L’AUTONOMIE DES PERSONNES HANDICAPÉES EN LEUR PROPOSANT UN ACCOMPAGNEMENT SUR MESURE. SON DÉFI : FACILITER LEUR QUOTIDIEN ET LEUR INSERTION PROFESSIONNELLE. UN ENJEU DE SOCIÉTÉ.

Le handicap prend des formes très variées. Il peut s'agir de troubles moteurs, mais aussi visuels, auditifs, mentaux, ou encore de maladies invalidantes. S'il est difficile à recenser, on estime que 12 millions de Français sont touchés par un handicap, qui reste invisible dans plus de 80 % des cas. La loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a permis de réelles avancées en matière de scolarité, d'emploi ou d'accessibilité. Elle a aussi créé sur tout le territoire des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Dans notre département, celle-ci fait désormais partie de la Maison Loire Autonomie, un guichet unique pour l'accompagnement des personnes âgées et des personnes handicapées. Mode de garde, scolarité, emploi, formation, prévention, suivi médico-social à domicile ou en établissement, accès aux droits... Aujourd'hui, les domaines d'intervention du Département en matière de handicap sont déjà multiples. Et à partir de 2017, ses compétences obligatoires s'élargissent : logement, insertion, transport, numérique, culture, sport, tourisme, éducation...

 

UN ACCOMPAGNEMENT PERSONNALISÉ

Les élèves handicapés scolarisés en milieu ordinaire« Nous ne nous contentons pas d'ouvrir des droits », souligne Réjeanne Bertrand, directrice de la MDPH. Engagée dans une dynamique d'accompagnement sur mesure, la Loire fait partie des 23 départements pilotes de l'opération nationale « Une réponse accompagnée pour tous ». Objectif : éviter toute rupture et toute forme d'isolement dans le parcours des adultes ou enfants handicapés. Les agents départementaux travaillent ainsi dans une logique de décloisonnement, afin d’établir des passerelles entre les âges et les services. Pour les jeunes enfants, des solutions d’accueil adaptées sont proposées dès que possible en milieu ordinaire : crèche, haltegarderie ou assistant maternel. Quant aux élèves et étudiants, leurs frais de transport entre le domicile et l’établissement scolaire peuvent être pris en charge par le Département. Concernant les adultes, le Département consacre chaque année plus des deux tiers de son budget handicap en aides à des établissements spécialisés : foyers d’hébergement, de vie ou d’accueil médicalisé, sections d’accueil de jour, foyers appartements… Ces structures permettent de proposer une réponse accompagnée à chacun en fonction de son degré d’autonomie, y compris à des personnes exerçant une activité. Pour ceux qui peuvent continuer à vivre chez eux, l’aménagement du domicile est un axe clé d’intervention, essentiel pour faciliter le quotidien. Autre priorité du Département : l’insertion professionnelle. Le taux d’emploi des travailleurs handicapés atteint aujourd’hui 36 % dans l’Hexagone, ce qui laisse encore une belle marge de progression. D’autant plus qu’un emploi reste souvent le meilleur moyen de dépasser son handicap.

 

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Handi... cap sur l'emploi

Trouver un emploi ou le conserver avec un statut de travailleur handicapé : la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) est présente à chaque étape clé sur le chemin de la réinsertion professionnelle.

Au 3e étage de la MDPH, Pascale Lassablière, référente insertion professionnelle, ne voit pas ses journées passer. Sur son bureau, des piles de dossiers en instance. « En 2015, nous avons reçu 7 800 demandes de reconnaissance de qualité de travailleur handicapé (RQTH) », annonce la responsable. « Chaque demande est traitée au cas par cas par une équipe pluridisciplinaire composée d'un médecin MDPH, d'un référent insertion professionnelle ainsi que de représentants de Pôle Emploi, de Cap Emploi et de partenaires spécialisés. » Une fois le statut de travailleur handicapé validé en commission, le parcours de réinsertion s'avère plus ou moins long en fonction de la demande. « Une personne handicapée met deux fois plus de temps à trouver un emploi qu'une personne sans handicap », souligne-telle. « D'où l'importance de notre rôle : être le garant d'une bonne orientation professionnelle vis-à-vis du handicap. »

 

Handi... cap sur l’emploiS'ADAPTER POUR RÉUSSIR

Pour Nathalie Blondy, ce parcours a duré quatre ans. Cette Roannaise de 49 ans a fait appel à la MDPH après l'annonce de sa maladie en 2010 : une fibromyalgie. Sa vie a brutalement basculé. Licenciement pour inaptitude à son poste, chômage, séparation... « C'est l'engrenage infernal», témoigne Nathalie. De nature dynamique, cette sportive accuse le coup quand les médecins lui ordonnent de cesser ses activités. Huit mois après sa première demande à la MDPH, elle obtient son statut de travailleur handicapé et est orientée vers le CREPSE* de Saint-Étienne. En juin, elle démarre une formation de conseillère clientèle encadrée par une équipe de professionnels. « Ici, tout est fait pour réussir. Au besoin, il y a même des psychiatres pour nous épauler. » Grâce à cette réorientation, Nathalie a décroché un stage dans une grande entreprise et partage volontiers son expérience. « Si mon histoire pouvait permettre à d'autres de se lancer, j'en serais très heureuse ! »

Formation. Atteinte d’une fibromyalgie, Nathalie a suivi une formation pour se réorienter vers le métier de conseillère relation client à distance.

* Centre de formation, de pré-orientation et de rééducation professionnelle de Saint-Étienne.

Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées du 14 au 20 novembre 2016À NOTER DANS VOS AGENDAS

Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées du 14 au 20 novembre 2016. Une 20e édition de la placée cette année sous le signe de l'innovation.
www.semaine-emploi-handicap.com

Brunel

Annick Brunel
Vice-présidente chargée de l'autonomie

Comment favoriser l’emploi des travailleurs handicapés ? Le travail est une source d'autonomie et d'épanouissement majeure, à laquelle ils doivent pouvoir accéder. C'est pourquoi tout établissement public ou privé a l'obligation, à partir de 20 salariés, d'employer au moins 6 % de travailleurs handicapés.

Qu’en est-il au sein du Département de la Loire ? Notre politique d’insertion et de maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap a porté ses fruits : 6,57 % des agents départementaux sont bénéficiaires de l’obligation d’emploi. Sans compter les prestations sous-traitées à des ateliers protégés et établissements d’aide par le travail.

Sur quels dispositifs s’appuie cette démarche ? Nous accompagnons les agents concernés en leur proposant au besoin un repositionnement. Le Département recrute aussi des travailleurs handicapés par la voie de l’apprentissage, ou de contrats aidés pour les collèges. Par ailleurs, il a signé en 2015 une convention avec le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP).

Une vie à réaménager

Accéder à un logement adapté relève souvent du parcours du combattant pour les personnes handicapées. Les services du Département les aident à trouver les solutions les plus adaptées et leur apportent un soutien financier. Exemple.

En 1993, les médecins décèlent une sclérose en plaques à Marie-Claude Bourdier. Depuis dix ans, elle est en fauteuil roulant. Avec un taux d’incapacité supérieur à 80 %, elle a obtenu la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Face à ce diagnostic sans appel, « il a fallu s’organiser », explique son mari Bruno, « et entamer les démarches auprès de la Maison départementale des personnes handicapées. Nous avons ensuite rencontré une ergothérapeute pour évaluer les besoins et les travaux nécessaires. » La solution est évidente : Marie-Claude et son mari préfèrent réaménager leur maison de plain-pied à Roche-la-Molière plutôt que d’acheter un logement adapté. Quant à intégrer un établissement spécialisé, il n’en est pas question : avoir son chez-soi et rester en famille n’a pas de prix pour ce couple soudé.

UN AIDANT FAMILIAL

Rester autonome s’avère être un vrai défi face à l’évolution de la maladie. Pour épauler sa femme, Bruno se met à temps partiel, puis prend une retraite anticipée. « Ce n’est pas facile, je suis devenu à la fois époux et aidant familial», explique-t-il. Pour compenser sa perte de revenus, il obtient l’allocation compensatrice tierce personne. Cette aide permet à la personne handicapée de rémunérer un service d’aide à domicile ou de dédommager un aidant familial.

UN NOUVEL ESPACE DE VIE

Une entrée étroite, des placards trop hauts… le quotidien de Marie-Claude est compliqué. Le couple se lance alors dans des réaménagements sur mesure. Après un an et demi de travaux, le domicile est désormais équipé d’une cuisine à hauteur variable, de rangements escamotables et ergonomiques, d’une douche à l’italienne et d’une rampe d’accès à l’extérieur. Le coût des travaux est pris en charge à hauteur de 30 % par différentes aides, dont celle du Département. Un soulagement pour Marie-Claude, qui, aidée de son mari, redécouvre les joies de la cuisine !

Virginie Phaner, Médecin coordinateur à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH)Éclairage 
Virginie Phaner, Médecin coordinateur à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH)

Auprès de quels types de patients intervenez-vous dans le cadre de l’aménagement du logement ? Principalement auprès de personnes handicapées avec troubles moteurs, mais aussi auprès de déficients auditifs, visuels. Pour les personnes à déficiences mentales, nous pouvons aussi intervenir en vue de faciliter le travail des aidants.

Quels conseils et aides apportez-vous ? On s’assure de la conformité du projet établi, en lien avec nos partenaires. Par le biais de nos ergothérapeutes, nous apportons nos conseils pour l’analyse des devis, en évaluant ce qui est vraiment adapté au handicap. Concernant un réaménagement de logement, qui reste majoritaire, l’aide accordée est de 10 000 euros, échelonnée sur 10 ans.

Quels sont les résultats de votre intervention ? On répond à deux problèmes : faciliter l’autonomie, et en parallèle le travail des aidants.

Crédits photos : Hubert Genouilhac/PhotUpDesign

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