DOSSIER
Mars-Avril 2018
AGRICULTURE

Le boom des circuits courts

VENTE DIRECTE À LA FERME, MAGASINS DE PRODUCTEURS, E-COMMERCE, AMAP… LES CIRCUITS COURTS ONT LE VENT EN POUPE ! ILS NOUS PERMETTENT DE CONSOMMER DES PRODUITS SAVOUREUX ET DE SAISON, EN RESPECTANT L’ENVIRONNEMENT ET EN SOUTENANT L’ÉCONOMIE LOCALE. LE DÉPARTEMENT DE LA LOIRE ACCOMPAGNE ACTIVEMENT LES AGRICULTEURS DANS CETTE DÉMARCHE.

Dotée d'une agriculture diversifiée et familiale, la Loire affiche une belle vitalité en matière de circuits courts. Le principe est simple : rapprocher producteurs et consommateurs en développant la vente directe, ou avec un seul intermédiaire. Lors du dernier recensement général agricole*, 38 % des exploitations ligériennes étaient engagées dans cette démarche, contre 21 % au niveau national. Cette montée en puissance est soutenue par le Département et la Chambre d'agriculture de la Loire. Elle  répond aux nouveaux comportements alimentaires, qui privilégient les produits locaux et de qualité. « Les filières courtes permettent par ailleurs aux producteurs de maîtriser leur production de A à Z, et valorisent leur travail », souligne Guillaume Verpy, responsable du service agriculture au Département. « Nous les accompagnons à travers divers types d'aides, dont la formation, car ils ont besoin de nouvelles compétences pour exercer plusieurs métiers à la fois. »

ENTRE TRADITION ET INNOVATION

Certaines pratiques, comme la vente à la ferme ou sur les marchés, ont toujours existé. Mais de nombreux autres circuits courts se développent : paniers fermiers, magasins de producteurs, approvisionnement de la restauration traditionnelle ou collective... Diverses plateformes en ligne permettent également de réduire les intermédiaires entre la fourche et la fourchette. Le premier drive fermier ligérien a ainsi ouvert ses portes en 2016 à Savigneux, tandis que le site www.delicesdu42.fr, conçu par le Pôle Agroalimentaire Loire, permet de géolocaliser les points de vente directe de produits du terroir. L'innovation passe enfin par les saveurs. Encouragés par le concours des produits fermiers, les producteurs locaux rivalisent de créativité, comme David Châtaignon, installé à Sainte-Croix-en-Jarez et primé plusieurs fois par le Département pour ses douceurs à base de miel ou de lait de chèvre.

80 % DES CONSOMMATEURS FRANÇAIS DISENT ACHETER DÉSORMAIS DES PRODUITS LOCAUX, ET PARMI EUX, 41 % DÉCLARENT LE FAIRE SOUVENT.UNE AGRICULTURE RESPONSABLE

Consommer local, c'est s'assurer d'avoir des produits sains, savoureux et de saison dans son assiette, tout en encourageant une agriculture plus respectueuse de l'environnement. Lorsqu'ils ne travaillent pas en filière bio, la plupart des exploitants en circuits courts pratiquent en effet une agriculture raisonnée. Cette économie circulaire, et parfois solidaire (voir plus bas "Une agriculture solidaire") , dynamise aussi le territoire. « On a la chance d'avoir plein de bonnes choses à proximité, qui n'ont pas traversé trois fois la planète pour arriver là. Ce serait dommage de ne pas en profiter ! Et puis ça soutient l'activité locale », résume Mathilde, 30 ans, une habituée du magasin de producteurs stéphanois Au Terroir. Bruno Bertholet, qui commercialise sa viande en direct dans ce point de vente collectif, ainsi que dans sa ferme à La Fouillouse, apprécie quant à lui « la relation de confiance qui se crée » avec le client. « Elle donne du sens à notre métier, et nous pousse à produire toujours mieux. »

* Source : Agreste, RGA 2010.


 

Les cantines
à l'heure du local


La restauration collective séduit de plus en plus d'exploitants agricoles désireux de travailler en circuits
courts. Témoignages.

Les cantines à l'heure du local 

Approvisionnement de proximité. Tous les restaurants scolaires des collèges publics de la Loire font appel à des producteurs locaux. Le Département étend désormais cette démarche aux EHPAD.

Dans la Loire, plus de 120 exploitants agricoles livrent des restaurants collectifs. Des produits du terroir, locaux et pour certains bio, s'affichent ainsi depuis quelques années aux menus de nombreuses cantines de la Loire. Gage de saveur, ils dynamisent l'économie de proximité et offrent une traçabilité qui rassure le consommateur. Côté producteur, les avantages sont multiples.

UNE LOGISTIQUE SIMPLIFIÉE

Adrien Mazet, de la ferme du Valfleury à Chazelles-sur-Lyon, produits des yaourts et crèmes desserts. Il réalise 75 % de son chiffre d'affaires via Bio A Pro, une plateforme locale spécialisée dans l'approvisionnement des restaurants collectifs en produits biologiques. Cette dernière permet de mutualiser la logistique et de mettre en place une entraide entre agriculteurs. « Nous n'avons qu'un seul site à livrer. Les restaurateurs, eux, ne reçoivent qu'une palette, au lieu de multiples commandes. Et on se sent moins seul pour la gestion du quotidien. »
Ce fonctionnement simplifie aussi la facturation et réduit les démarches commerciales. De plus, travailler avec des restaurants scolaires est gratifiant : « Nous réalisons à tour de rôle des animations dans les écoles. »

UNE VITRINE POUR LES CONSOMMATEURS

Un constat partagé par Gilles Pizay, du GAEC des Délices fermiers à Saint-Symphorien-de-Lay. À la tête d'une grosse exploitation qui commercialise des spécialités fromagères, charcuteries et viandes, il a fait le choix d'en réserver 15 % à la restauration collective. « Nous proposons une large gamme avec de grosses quantités toute l'année. Notre boeuf est par exemple utilisé pour des plats en sauce. Sa provenance est une garantie de qualité et le goût est incomparable par rapport à des produits industriels. » Sa clientèle : des restaurants scolaires dans les secteurs de Roanne, Montbrison et Feurs. « Nos marges sont un peu réduites, mais le volume des commandes est important. Et puis nous touchons les collégiens. Ce sont les consommateurs de demain. »

Chantal Brosse3 questions à...

Chantal Brosse
Vice-présidente chargée de l'agriculture

Quel rôle jouent les circuits courts dans la Loire ?
Ils sont devenus un des moteurs de notre agriculture. Aujourd'hui, près d'un tiers des nouvelles installations dans la Loire comportent un volet de vente directe. Or notre département attire de nombreux jeunes agriculteurs, avec 80 à 100 installations par an.

Comment expliquer cet essor ?
Les circuits courts répondent à la fois aux attentes des consommateurs et aux besoins des exploitants. Dans la Loire,qui dispose d'une production variée, le Département soutient fortement l'agriculture de proximité, en lien avec la Chambre d'agriculture et l'ARDAB*. Nous accompagnons les agriculteurs à chaque étape, de l'installation jusqu'à la commercialisation.

Quelle forme prennent ces aides ?
Nous proposons des visites d'experts sur les exploitations, des aides à l'investissement pour la transformation ou la vente directe, de nombreuses formations, par exemple en marketing ou en sécurité sanitaire... On facilite aussi la mise en relation avec la restauration collective. Sans oublier le concours des produits fermiers innovants, qui valorise nos producteurs et leur créativité.

* Association Rhône-Loire pour le développement de l'agriculture biologique.

Gilles Pizay, GAEC des Délices fermiersBonus WebGilles Pizay
GAEC des Délices fermiers

« Le choix de la qualité »

« Depuis ce début d'année, nous avons fait le choix de monter en qualité en n'utilisant aucun colorant, aucun conservateur et pas de sel nitrité dans nos charcuteries. Nous nourrissons nos porcs sans OGM : c'est la volonté d'une alimentation plus saine pour nos clients et nos jeunes dans les restaurations collectives. » 


 

Une agriculture solidaire

Contact avec la nature, lien social, tâches variées : l'agriculture de proximité facilite l'insertion de publics fragiles dans la société à travers le travail.

Une agriculture solidaire

Insertion. L'ESAT Le Colombier La Blégnière emploie quelque 80 personnes handicapées pour des activités de production agricole et de transformation.

Les circuits courts riment aussi avec économie sociale et solidaire. La Loire compte ainsi quatre Jardins de Cocagne. Ces exploitations maraîchères biologiques, dont la production est vendue localement sous forme de paniers hebdomadaires, emploie des personnes en situation de précarité et les aide à construire un projet professionnel. Le même levier d'insertion est utilisé dans le champ du handicap. Exemple dans le Roannais, où un ESAT* agricole réparti sur deux sites permet à des adultes souffrant de déficience intellectuelle ou de troubles psychiques de travailler et s'épanouir.

CRÉER DU LIEN SOCIAL

Créé dès 1985 à Bussy-Albieux, le site du Colombier est dédié au maraîchage et à l'horticulture, ainsi qu'à la culture de blé, de maïs et de pommes de terre. Le tout en agriculture raisonnée. Près de 20 000 bocaux de soupe, ratatouille et autres conserves sont fabriqués chaque année dans sa légumerie, et un magasin permet d'écouler la production en vente directe. « On est en contact avec les clients. Ils sont contents d'acheter de bonnes choses à manger, et aussi nos fleurs », témoigne Émilie, 28 ans. Une vingtaine de kilomètres plus loin, à Cremeaux, se trouve le site de La Blégnière. Il dispose d'un abattoir, d'où sortent chaque année pas moins de 68 000 volailles, dont 8 000 élevées sur place. Les autres sont abattues pour le compte d'agriculteurs ou de particuliers. « La production de l'ESAT est vendue directement au grand public ou à des restaurateurs », expliquent les moniteurs encadrants. Une nouvelle boutique ouvrira d'ailleurs ses portes fin 2018 à l'entrée de l'exploitation. « C'est important que les gens viennent ici et découvrent nos activités. Ça crée du lien social, et ça met en valeur le travail réalisé. » Autre moment privilégié d'échanges : le déjeuner. Ici, il est pris en commun, et les écoliers du village viennent profiter des bons plats mitonnés par la cuisinière... à base de produits locaux, évidemment.

* Établissement et service d'aide par le travail

Laure GarrivierÉclairage
Laure Garrivier, Directrice de l'ESAT Le Colombier La Blégnière

Quel est l'objectif de votre établissement ?
Les fermes faisaient travailler autrefois de nombreuses personnes handicapées, mais avec la mécanisation de l'agriculture, ces emplois ont disparu. Notre ESAT a donc recréé pour elles des conditions d'insertion sociale et professionnelle en milieu rural.

Comment ces travailleurs sont-ils accompagnés ?
Un projet personnel est défini pour chaque travailleur, avec des objectifs adaptés à ses capacités. Nous avons au total dix activités, ce qui permet de développer la polyvalence. Nous encourageons aussi au maximum la création de liens avec les clients et visiteurs.

Ressentez-vous le retour des consommateurs vers les produits locaux ?
Oui ! Suite aux différents épisodes de grippe aviaire, nos ventes de volailles ont ainsi augmenté. Les gens veulent savoir ce qu'ils consomment, et voir de leurs yeux comment c'est produit, pour être en totale confiance.

Repères
L'agriculture dans la Loire, c'est :

48% du territoire3 200 exploitations professionnelles

Crédits photos : Hubert Genouilhac, Vincent Poillet, Johann Trompat

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