PORTRAIT
Mai-Juin 2018
Christophe Fargier

L’aventure Ninkasi

IL AIME BRASSER LA BIÈRE, MAIS AUSSI LES GENS ET LA MUSIQUE… LE FONDATEUR DU NINKASI S’EST HISSÉ EN VINGT ANS DANS LE TOP DIX DES BRASSERIES FRANÇAISES GRÂCE À UN CONCEPT INNOVANT : ESPRIT INDUSTRIEL, BIÈRES ET BURGERS MAISON, CONCERTS EN ENTRÉE LIBRE. EN 2019, CE STÉPHANOIS ESPÈRE OUVRIR DEUX SITES DANS LA LOIRE.

C'est lors d'un voyage aux États-Unis, alors qu'il est tout juste bachelier, que Christophe Fargier découvre le phénomène des microbrasseries et des « craft beers », ces bières artisanales au goût prononcé. De là va naître l'idée d'importer ce concept en France... qui débouchera quelques années plus tard sur la création de l'enseigne Ninkasi. Aîné d'une fratrie de sept enfants, Christophe grandit à Saint-Étienne en développant très jeune une fibre entrepreneuriale. « Une famille nombreuse, c'est un stimulant, ça vous apprend à faire les choses par vous-même ! » Le jeune homme, féru de musique et de lieux underground, opte pour des études de commerce. Diplôme en poche, il retourne un an aux États-Unis pour peaufiner son projet avec son ami Kurt Huffman, rencontré à Portland. Un job dans une brasserie et une formation à Chicago lui apprennent le métier. Les deux compères fabriquent leurs premières bières dans un garage, avant de débarquer à Lyon, des rêves plein la tête.

En septembre 1997, ils inaugurent le Ninkasi Gerland dans une ancienne usine de transports. « On voulait proposer un lieu de vie sur notre site fabrication de bière, en conservant son esprit industriel, avec des concerts en entrée libre et une restauration simple, mais de qualité », explique le patron de ce qui est devenu une chaîne de 14 cafés-concerts implantés à Lyon et alentour. « C'était très avant-gardiste ! Tant sur les bières et sur la musique que sur les burgers à composer soi-même, avec un approvisionnement en filières courtes. » Mais la première année est rude. Le métro lyonnais n'est pas encore arrivé jusqu'à Gerland, et les clients ne sont pas habitués aux bières de caractère.

"Toute l'histoire du Ninkasi est liée à mes racines stéphanoises."

Ce qui sauve le Ninkasi ? La Coupe du monde 98 ! « Les bus déposaient les supporters juste devant la brasserie, très proche du stade. Ça nous a fait connaître et nous avons réussi à fidéliser une partie d'entre eux. » C'est le début d'une success story, avec une recette « bière - burgers - musique » qui tourne à plein régime. Énorme bosseur, malgré sa vie de père de famille, Christophe Fargier n'a pas peur de prendre des risques. L'entrepriseouvre en 2000 une salle de concert de 700 places : le Kao. Un défi de taille qui, à force de créativité, parvient à trouver son modèle économique. De nouveaux établissements Ninkasi commencent aussi à fleurir en centre-ville. En 2012, la fabrique de bière s'installe à Tarare. Et quatre ans plus tard, le chiffre d'affaires du Ninkasi lui permet d'entrer dans le top 10 des brasseries françaises.

Avec plusieurs centaines de concerts par an, le volet culturel a largement contribué à la notoriété de la marque. Son credo : favoriser la diversité et la découverte de nouveaux talents. Une large place est ainsi faite aux artistes régionaux, avec une programmation éclectique, qui va du pop-rock à l'électro en passant par le hip-hop, la world music ou même le jazz. « La musique crée des émotions fortes, elle permet de s'ouvrir aux autres. Le Ninkasi se démarque aussi par sa capacité à mettre en relation le public et les artistes », insiste son fondateur.

La société, qui a célébré ses 20 ans en 2017, veut désormais étendre rapidement son réseau en Auvergne-Rhône-Alpes, notamment à Grenoble, Clermont-Ferrand... et bien sûr Saint-Étienne ! « Toute l'histoire du Ninkasi est liée à mes racines stéphanoises, à la dimension populaire et sans chichis de cette ville », confie Christophe Fargier, 48 ans. Après une première expérience qui s'était soldée par la fermeture de l'établissement place Jean Jaurès en 2011, il revient avec un concept de franchise bien rodé. « Cette fois, nous sommes prêts. On espère ouvrir au printemps prochain un site de 450 m2 dans un ancien bâtiment de Sam Outillage, rue des Aciéries. » L'enseigne étudie aussi un projet d'implantation à Andrézieux-Bouthéon, qui pourrait se concrétiser prochainement à côté de L'Envol Stadium, et un autre, à moyen terme, au sein de l'îlot Foch-Sully à Roanne. Des « melting spots » très attendus dans la Loire !

>> En 5 dates

christophe-fargier-dates1969
Naissance à Saint-Étienne

1997
Ouverture du 1er Ninkasi à Lyon (Gerland)

2000
Création de la salle de spectacle Kao

2017
20 ans du Ninkasi, 14 sites

2019
Une ouverture de site prévue à Saint-Étienne et une autre à l'étude à Andrézieux-Bouthéon

                              

NINKASI EN CHIFFRES

250 collaborateurs
au sein du groupe
14 établissements
(18 prévus fin 2018)
22 M€ de chiffre d'affaires
en 2017
20 000 hL de bière mis en bouteille
chaque année
73 % de produits locaux
pour l'activité restauration
+ 500 artistes programmés chaque année au Ninkasi Gerland

Crédit photos : Trafalgar Maison de Portraits

 

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