FOCUS
Juillet-Août 2018
FOOTBALL

France 98 :

mémoires de Ligériens

C’était il y a 20 ans. Notre département accueillait l’une de ses plus grosses manifestations : la coupe du monde de football 1998. pendant un mois, la Loire allait vivre à l’heure du mondial. Aujourd’hui encore, beaucoup restent marqués par cet été hors du temps. Témoignages.

Du jamais vu dans les rues de Saint-Étienne ! Kilts, vikings, sombreros : ceux qui se sont rendus aux abords de Geoffroy-Guichard au début de l'été 98 ne sont pas près d'oublier les scènes cocasses des supporters. Il faut dire que le Chaudron a vécu des heures inédites, avec pas moins de six matches du Mondial, soit 12 nationalités. Hollandais, Marocains, Écossais, Chiliens, Mexicains... Ces habitants des quatre coins de la planète ont laissé un souvenir impérissable ! Hubert, la quarantaine, est photographe professionnel. Il raconte « son » mondial : « Il y avait cette effervescence dans la ville. Je revois des Écossais se jeter dans le bassin de la place Jean Jaurès. Il faisait très chaud. D'autres s'accrochaient à des sculptures. C'était sympathique et bon enfant ! » Il confiera également s'être retrouvé face à Mike Jagger. « Je l'ai photographié à sa descente de l'avion. Il m'a vraiment impressionné ! » Béatrice, elle, a été marquée par un autre Britannique. Et pourtant, elle n'était pas franchement fan du ballon rond. « Je faisais des études d'anglais et n'arrêtais pas de travailler. J'ai proposé à ma soeur d'aller faire une pause dans un café et c'est là que j'ai fait la connaissance de David. » Ils sont à présent les heureux parents de deux adolescentes parfaitement bilingues.

VENGA CHILE !

Quant à Tere, mère de trois enfants, elle se revoit courir dans la Grand'Rue en transportant un lit pliant. « Nous avons hébergé en dernière minute trois amis chiliens de ma soeur. Ils ont mis de l'ambiance à la maison ! Ils ont trouvé le pastis ignoble, mais le vin très bon et ont aussi goûté au pâté et aux rillettes. » Et au-delà de cette foule d'anonymes, parfois exubérants, on pouvait voir du beau monde dans les gradins, comme une certaine Victoria Adams, des Spice Girls, ou le prince héritier des Pays-Bas. Il y avait également du spectacle près de l'écran géant de « Marengo Square ». Oubliée, la timidité des premiers matches ! Avec les succès des Bleus, les spectateurs s'étaient rassemblés en masse. Jusqu'à la fi nale et l'explosion de joie des Ligériens sur fond de concerts de klaxons. Les journalistes s'en sont, eux aussi, donné à coeur joie. « Phénoménal », titre Le Progrès au lendemain de la victoire. « Fabuleux, extraordinaire : les superlatifs manquent pour exprimer ce qu'a fait la bande à Aimé Jacquet lors de ce Mondial. Champions du monde, ils sont champions du monde. » Laurent, lui, se remémore ses premiers directs pour France Info depuis Sail- sous-Couzan. « C'était noir de monde, on ne pouvait pas stationner. Sur place, au premier but de Zidane, c'était le début de la ferveur. Au deuxième, ça tremblait. Au troisième, les gens n'ont pas arrêté de crier. Tous clamaient leur fi erté de l'enfant du pays. » Et vous, où étiez-vous le 12 juillet 1998 ?

SIX MATCHES À SAINT-ÉTIENNE

En juin 1998, des dizaines de milliers de supporters ont envahi les rues stéphanoises et les bancs du Chaudron pour vivre les six matches de la Coupe du monde qui se sont déroulés dans la Loire.

Lesmatches vd

Bonus WebTÉMOIGNAGES

temoignage-taylorBéatrice Taylor
« Le surlendemain, j'ai reçu des fleurs »

« Je me rappelle très bien de 1998. C'était impressionnant, il y avait beaucoup d'ambiance, beaucoup de monde. Les Anglais avaient bu beaucoup de bière, ils aiment la fête (rires). J'avais 27 ans à l'époque, je faisais des études d'anglais et n'arrêtais pas de travailler. J'ai proposé à ma sœur d'aller faire une pause dans un café. Je n'étais pas du tout foot mais je savais que les Anglais jouaient.

Nous sommes donc allées sur la place de l'Hôtel de ville à Saint-Étienne. J'ai remarqué David. Il cherchait un billet désespérément. On l'a aidé et il a fini par en trouver un. Le surlendemain de son départ, j'ai reçu des fleurs. Un peu plus tard, je suis partie en Angleterre et nous nous sommes mariés.  Le comble, c'est que les petites filles rêvent d'être une princesse. Moi, mon rêve, c'était l'anglais, et depuis toujours je voulais être maîtresse. Dans mes rêves, je m'appelais Taylor. C'est mon vrai nom aujourd'hui... et j'enseigne l'anglais. »

 

temoignage-genouhillacHubert Genouilhac
« J'ai photographié Mike Jagger »

« C'était mon premier vrai job de photographe. J'intégrais le journal Le Progrès et il y avait cette effervescence dans la ville. Je revois arriver cette colonie d'Écossais, avec toute leur culture, leurs kilts... Cette fête, cette alliance entre les Stéphanois et les Écossais. Je n'ai ressenti aucune rivalité entre les supporters et c'est ce que j'ai beaucoup aimé. Je me souviens de scènes dans le bassin de la place Jean Jaurès. On y voyait quelques Écossais se jeter à l'eau. Ils avaient bu quelques bières, il faisait très chaud et c'était assez sympathique. Des supporters étaient aussi accrochés aux sculptures de l'Hôtel de ville. Ça m'a marqué, d'autant plus que tout s'est déroulé dans une ambiance bon enfant. Un autre souvenir : quand je me suis retrouvé à aller photographier Mike Jagger. Je n'avais que 10 secondes pour faire la photo et pas le droit à l'erreur. C'était impressionnant. Il y a eu aussi le passage des Hollandais. Ils étaient moins nombreux mais ont donné un côté très coloré à la ville, très orangé. Au final, j'ai vécu un mois assez intense. J'étais fatigué mais heureux, c'était une belle expérience. »

 

temoignage-souvetonTere Souveton
« J'ai hébergé trois amis chiliens de ma sœur »

« Trois ou quatre jours avant le match Chili-Autriche, j'ai reçu un appel de ma sœur chilienne.
- Mes copains sont arrivés...
- Quels copains ?
- Ils sont entre trois et six ! Ils ont ton numéro.
Et nous voilà courant dans la Grand'rue avec un lit pliant. Nous avons mis nos trois enfants dans une seule chambre pour faire de la place. Les amis de ma sœur sont finalement arrivés à trois. Ils étaient très sympas et ont mis de l'ambiance à la maison. Ils ont trouvé le pastis ignoble, mais le vin très bon, et ont aussi goûté au pâté et aux rillettes. »

 

12 07 98 sail vdLaurent Canonico
« À Sail-sous-Couzan, c'était noir de monde »

« J'allais avoir 24 ans. Je venais de décrocher mon diplôme d'école de journalisme et j'ai frappé à la porte de France Info pour leur proposer d'intervenir dans le village natal d'Aimé Jacquet. Quand je suis arrivé à Sail-sous-Couzan, j'ai dû me garer 3 ou 4 kilomètres avant l'entrée du village, tellement c'était noir de monde. C'était le jour de la finale, on ne pouvait pas stationner et il y avait près de 6 000 personnes autour de l'écran géant !

Je me souviens de mon premier direct avec le téléphone, passé du bar du village, sur le flipper, pour décrire l'ambiance. Ce qui m'a marqué, c'est cet engouement populaire, un esprit fraternel et palpable, émouvant aussi. Les rivalités de clochers avaient disparu, tout le monde portait les mêmes couleurs. Sur place, au premier but de Zidane, c'était le début de la ferveur. Au deuxième, ça tremblait. Au troisième, les gens n'ont pas arrêté de crier. Tous clamaient leur fierté de l'enfant du pays. Pendant quelques jours, le nom de ce petit village de la Loire a résonné, on a pointé son nom sur la carte de France. »

DANS LES ARCHIVES DE L'INA

Sail-sous-Couzan au JT de France 2 (à partir de 8 min 16)

Archives INA, 1995

Aimé Jacquet évoque Sail-sous-Couzan (à partir de 30 secondes)

Archives INA, 1998

Aimé-Jacquet« L'ENFANT DU PAYS »Bonus Web

Le 3 octobre 1998, Aimé Jacquet, entraîneur de l'équipe de France, est revenu avec la Coupe du monde à Sail-sous-Couzan, son village natal, où il a été accueilli en héros par une foule de dix mille personnes.

Vingt ans plus tard, un événement-anniversaire baptisé "Une journée pour une étoile" était organisé dans la commune, avec un match de gala entre d'anciens Verts, comme Pascal Feindouno, et d'anciens internationaux Français, comme Christian Karembou et Lilian Thuram.
Voir le diaporama photo du 10 mai 2018

Crédits photos : Département de la Loire, Archives départementales de la Loire, commune de Sail-sous-Couzan

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