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Onze témoins de 1914-1918 : Entrons en Guerre avec Claude Berne (1885-1974)

Notre premier témoin de la grande guerre est Claude Berne. Ce frère mariste a écrit ses mémoires à 86 ans ! Il décrit comment la nouvelle de la Guerre a été accueillie.

Extrait d'un travail pédagogique réalisé à partir du carnet de Claude Berne

Claude Berne est né le 3 juillet 1885 à Saint-Médard-en-Forez dans la Loire. Il est le fils de Jean-Marie, ouvrier en soie, et Catherine Tisseur habitants de la Chaux à Saint-Médard. Il entre en religion chez les frères maristes où il est instituteur privé, notamment à Saint-Étienne, en Ardèche et en Haute-Loire.

Il fait son service militaire d'octobre 1906 à novembre 1908. Il devient caporal le 20 juillet 1907. Il est rappelé le 4 août 1914, à l'âge 29 ans, et il est démobilisé le 23 mars 1919.

Son attitude est récompensée par une citation le 30 mai 1918 (transcrite dans son matricule militaire n° 403, classe 1905, bureau de Montbrison, vue 543/672) : « agent de liaison d'un grand sang froid. A assuré son service avec dévouement et courage pendant 12 jours dans des circonstances rendues difficiles et périlleuses par de violents bombardements ennemis. »

Blessé à plusieurs reprises, il obtient une pension temporaire pour invalidité. Il est décédé à Saint-Chamond, le 22 juillet 1974 à 89 ans.

Claude Berne nous a laissé un précieux document : un carnet de 50 pages qui retrace son parcours pendant la Grande Guerre.


Le carnet de Claude Berne

Ce carnet a été écrit en 1971, plus de 53 ans après la guerre, par une personne de 86 ans ! Il faut tenir compte de cette donnée pour l'analyse de cette source. La mémoire de l'auteur n'est pas infaillible. Certains noms ont été laissés en blanc et Claude Berne avoue qu'il en a oublié un. Au cours de son récit, l'auteur bouscule parfois la chronologie en revenant sur des épisodes qu'il a déjà exposés, ou il rajoute des annotations en marge ou entre les lignes introduisant parfois de la confusion et trahissant sans doute un effort de mémoire. Il a donc pu recomposer inconsciemment certains événements à partir d'informations diverses. Ce témoignage n'a donc pas la même valeur que des écrits rédigés pendant la guerre.

Son état ecclésiastique transparaît peu dans ses mémoires. Seules quelques mentions de prières et la conclusion « aimez vous les uns les autres comme « je vous ai aimé » » révèlent son engagement. Plus discrètement il évoque Jeanne d'Arc à plusieurs reprises comme un fil conducteur.

Ce carnet détaille son parcours et son état d'esprit pendant le conflit.

Il montre la variété des affectations de ce soldat du 175e puis 52e régiment d'infanterie : l'Aisne (1914), les Dardanelles via l'Egypte (1915), les Alpes, Verdun, l'Aisne avec le Chemin des Dames (1916), la Somme (1917) puis les Flandres, la Champagne et Lorraine (1918). Ces affectations sont entrecoupées de nombreuses périodes de convalescence après des blessures.

Claude Berne insiste sur l'ignorance dans laquelle sont tenus les soldats concernant leur destination. Il évoque les nombreux morts. Les allusions aux liens familiaux sont plus cocasses : on mesure l'usage du patois dans son village, on assiste aux retrouvailles, par hasard, avec son frère aux  Dardanelles...


Extrait d'un travail pédagogique réalisé à partir du carnet de Claude Berne

L'entrée en guerre

Avec Claude Berne nous pouvons nous arrêter sur l'entrée en guerre. Plusieurs thèses s'affrontent concernant l'état d'esprit des soldats. Traditionnellement il était admis que les soldats sont partis « la fleur au fusil » dans un élan de patriotisme. Des historiens, comme Jean-Jacques Becker, montrent que l'opinion publique est marquée d'abord par la surprise puis la résolution de défendre son pays mais non par un enthousiasme délirant.

Claude Berne raconte en détail comment il apprend la mobilisation:

« 1er août 1914. 1er jour de vacances, samedi, après dîner je monte à la menuiserie... Je m'y occupais depuis 5 minutes à rassembler les pointes éparses. Au 2e coup de marteau (2 heures) par la fenêtre ouverte j'entends passer des chevaux dans le chemin : je m'avance au bord : un des deux gendarmes à cheval me crie d'en bas (car c'étaient eux qui allaient faire la tournée du canton pour porter la terrible nouvelle) demain 1er jour de guerre !!..... Le marteau me tombe des mains !!...»

C'est donc plutôt la surprise et la stupeur qui semblent envahir notre futur soldat.

Il décrit ensuite l'ambiance entourant le départ des soldats à Montbrison :

« Le lendemain dimanche (16 août) à 3 h du soir départ pour la guerre : on allait embarquer. Les demoiselles de Montbrison nous escortaient en allant à la gare. Oui oui me pensais-je au lieu de chanter, pensez donc qu'on escorte bien aussi les convois funèbres et c'est plutôt le cas »

Claude Berne semble pressentir le drame de cette guerre alors que le départ des soldats se fait plutôt dans l'allégresse : accompagnement de jeunes filles et de chants.

Mais était-ce la réflexion du Claude Berne de 1918 ou celle de l'homme qui écrit plus de 50 ans après les faits, en connaissant l'issue du conflit et ses conséquences ?


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