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Deuxième témoin : Jean-Marie Etaix décrit les circonstances de la mort de l'archéologue Joseph Déchelette en octobre 1914

Joseph Déchelette par Albert Dawant

Jean-Marie Etaix expose la terrible réalité des premiers mois de la guerre et le parcours des territoriaux, soldats les plus âgés comme Joseph Déchelette.

Claude Jean Marie Etaix est né le 28 avril 1877 à Crémeaux. Il est le fils d'Antoine, propriétaire cultivateur et d'Annette Chartre. Il est lui même agriculteur au hameau de Lucé, dans cette commune. Il est décédé en 1954 à Saint-Germain-Lespinasse à 77 ans.

Il effectue son service militaire entre novembre 1900 et septembre 1901. Il est rappelé le 3 août 1914, à l'âge de 37 ans alors qu'il est père de 2 enfants. Lorsqu'il est mobilisé, il est affecté dans l'armée territoriale regroupant les soldats les plus âgés de 34 à 49 ans. Initialement, ceux-ci ne doivent pas combattre en première ligne. Ils ont notamment pour mission d'assurer la sécurité et la surveillance  des villes, des sites stratégiques et de voies de communication. Il est démobilisé le 8 janvier 1919.

Comme notre premier témoin Jean-Marie Etaix a écrit ses mémoires qui couvrent la période d'août 1914 à février 1915. 


Extrait du carnet écrit par Jean-Marie Etaix (1NUM196)

Le carnet de Jean-Maric Etaix

Son carnet a été écrit après les événements. Dès les premières pages l'auteur fait référence à « la paix retrouvé qu'en 1919 » et aux millions de morts. Cependant les souvenirs de Jean-Marie Etaix sont très précis. Ils ont peut-être été consignés peu de temps après le conflit ou d'après des notes écrites pendant la guerre. Le carnet s'achève brusquement. Peut-être pensait-il écrire une suite.

Jean-Marie Etaix n'est pas un ecclésiastique, mais il affirme clairement ses convictions religieuses. Il déclare que c'est « la Providence qui donna à nos hommes d'état et chefs d'armée, les lumières nécessaires pour transformer la défaite en victoire ». L'exposition des faits est entrecoupée de considérations morales et Jean-Marie Etaix commente les événements.

Son parcours illustre celui de nombreux territoriaux. Il est d'abord affecté dans la région lyonnaise. Il effectue différentes  missions comme convoyer des prisonniers allemands ou bien garder l'Exposition internationale urbaine de Lyon.

Mais très rapidement, on manque de soldats en première ligne. Jean-Marie Etaix décrit bien la cause de cette pénurie durant la guerre de mouvement. Pendant cette phase le front est mobile et les offensives provoquent la mort de nombreux soldats qu'il faut remplacer. Les mois d'août et septembre 1914 comptent parmi les plus meurtriers de la guerre avec environ 2400 morts par jour, soit pratiquement deux fois plus que  la moyenne des pertes journalières de l'ensemble du conflit.

Jean-Marie Etaix évoque le départ de territoriaux vers le front dès le 12 septembre. Le 20 du même mois, il y rejoint le 298e régiment de réserve.


Photographie d'une tombe à Vingré extraite de l'album d'Eugène Cognet (1NUM44)

La mort de Joseph Déchelette

Après avoir inquiété Paris, les Allemands sont repoussés au delà de l'Aisne, après la bataille de la Marne. C'est là, près de Vingré, que Jean-Marie Etaix découvre véritablement la guerre.

Le capitaine de son régiment est Joseph Déchelette. Il est né en 1862 à Roanne. Son père est un industriel du textile, dans l'entreprise duquel il travaille jusqu'en 1899. Il devient un archéologue reconnu et conservateur du musée des beaux-arts et d'archéologie de Roanne. En  1914, âgé de 52 ans, il est volontaire pour rejoindre le front.

Selon Etaix, Dechelette est un  homme brave et bon catholique. Il détaille les circonstances de sa mort :

«  Le commandant donne l'ordre à Déchelette de partir avec la compagnie pour les attaquer à la baïonnette. Déchelette s'avance pour reconnaître le terrain. Aussitôt les boches qui surveillent aussi cet endroit lui envoient une volée de balles. Un lieutenant, d'une autre compagnie, placé dans un bout de tranchée à une quarantaine de mètres en avant, vient au risque de se faire tuer, avertir que 2 mitrailleuses boches sont braquées sur la sortie du chemin, rendant toute attaque impossible.

Le commandant repousse ses avis avec brutalité et renouvelle l'ordre. Le capitaine Déchelette lui dit que c'était fou qu'il nous envoyait inutilement à la mort. Le commandant le traite de lâche et lui dit qu'il devait donner l'exemple. Déchelette s'approche de nous : mes amis dit-il nous allons mourir, mais puisqu'on nous l'ordonne il faut obéir, suivez-moi si vous le voulez.

Il s'élance en avant suivi de la 1ere section. Le chemin débouche sur un champ de betterave légèrement incliné de notre côté. Les boches sont au bout à 7 à 800 mètres. A peine les nôtres paraissent qu'une fusillade et le tac tac des mitrailleuses se fait entendre. Les morts et les blessés roulent les uns sur les autres. Le capitaine Déchelette tombe frappé d'un éclat d'obus et d'une balle. »

Il meurt le lendemain 4 octobre 1914.

Cet épisode révèle la violence de la guerre. Les progrès techniques de l'armement sont la cause de la mort de masse.

Jean-Marie Etaix dénonce particulièrement l'incompétence de certains officiers. Il considère que les meilleurs gradés sont morts dans les premières semaines de la guerre. Il montre l'injustice des condamnations à mort de soldats pour l'exemple.

Son carnet témoigne de l'omniprésence de la mort.


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