DOSSIER
Lisa White, commissaire principale de la 11e Biennale Internationale Design Saint-Étienne.
Mars-Avril 2019
INTERVIEW

« Le design doit rapprocher les gens »

Spécialiste des tendances, la Franco-Américaine Lisa White a choisi de consacrer la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2019 à la thématique de l’inclusion par le design. Son leitmotiv : au-delà de l’objet, le design doit créer du lien. Rencontre.

Dans un monde qui change à grande vitesse, quelle est aujourd'hui le rôle du design ?

Souvent, quand on parle de design, les gens pensent à des objets, à une super lampe qui coûte très cher par exemple, mais il ne s'agit pas de ça ! Le design, c'est « comment » on dessine le monde tous les jours : la démocratie, une tasse de café, un bâtiment... Tout ça, c'est du design. Ce qui m'intéresse, c'est d'explorer les différents systèmes inhérents à cela. Par exemple le système de couleurs, parce que c'est quelque chose qui unit tout le monde. On n'a pas besoin de langue quand on parle de couleur...

Le design est donc aussi là pour rassembler ?

Oui et c'est pour cela que nous consacrons cette biennale aux « terrains d'entente ». On est dans une ère où il faut s'écouter et travailler ensemble, avec des gens qui ne sont pas comme nous, dotés de compétences différentes. Ces dernières années, les divisions n'ont fait que croître dans le monde. Or le design peut aider à rassembler des contraires. Ainsi, la table est au coeur de la thématique de l'inclusion. Elle sera très présente à la biennale car elle permet à chacun d'être au même niveau que les autres et de trouver sa place pour échanger, quels que soient son âge, son sexe, ses capacités physiques, sa nationalité, etc.

Tout cela nous aide-t-il à changer notre façon de penser le monde ?

C'est vraiment ça notre intention : interpeller les gens par le design pour leur faire comprendre qu'on est tous acteurs dans ce monde. Le design est un sport d'équipe : chacun a un rôle à jouer ! On propose donc aux visiteurs des ateliers participatifs, des conférences pour ouvrir le débat... Cela peut faire émerger des idées ou de nouveaux comportements, par exemple autour du plastique. Dans le design, il y a des choses qu'on aime ou pas, mais qui permettent de réfléchir à la façon dont on va vivre demain. Ce qui est important, c'est de venir avec une grande ouverture d'esprit.

DOSSIER-SYSTEMSSYSTEMS, NOT STUFF

Lisa White en est convaincue : dans un monde toujours plus dématérialisé, les systèmes (« systems ») prennent le pas sur les choses (« stuff »). C'est ce que nous démontre cette exposition, organisée autour de plusieurs dispositifs. Au long d'une paroi tissée par Jeanne Goutelle et des associations stéphanoises, le Bureau des inclusions présente par exemple une école en Thaïlande où les écoliers ont plus de 60 ans. La Biofacture, elle, cherche un terrain d'entente entre écosystèmes et systèmes de production. Et si designer pour le futur, c'était travailler avec la matière vivante pour « faire pousser » les produits de demain ? Quant à l'Atelier mécanique du futur, il vous fera découvrir une machine à fabriquer des pierres à partir de poussière, ou encore une paroi fabriquée entièrement à partir d'impressions 3D...

Crédits photos : Pierre Grasset, Florentin Aisslinger, Data Garden, 2018

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