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Mai-Juin 2019
INTERVIEW

Marco Cherqui :

« Cette série raconte la France d'aujourd'hui »

Le co-producteur des Sauvages, Marco Cherqui, nous a fait l'honneur d'une rencontre devant le parvis de la gare de Châteaucreux à l'occasion du premier jour de tournage à Saint-Étienne. Il nous en dit plus sur l'adaptation sur le petit écran de la saga de l'auteur stéphanois Sabri Louatah. L'équipe de la future série événement de Canal+ avait posé ses valises pour cinq semaines dans la Loire.

Bonus WebLes Sauvages est une adaptation du roman de Sabri Louatah, pourquoi ce livre ?

Je suis tombé dessus un peu par hasard. J’ai tout de suite passé le premier tome à Joëy Faré, qui m’a confirmé l’intérêt d’une adaptation, et nous avons décidé ensemble de prendre sans attendre les droits alors que les tomes 3 et 4 n’étaient pas encore écrits. Cela fait maintenant 5 ans que nous sommes sur ce projet.

Vous avez eu un coup de cœur pour l'histoire ? Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes ?

Elle met face à face deux familles et deux régions : la famille Nerrouche de Montreynaud à Saint-Étienne, et celle d’Idder Chaouch à Paris, bien placé pour devenir le nouveau président de la République et le premier d’origine algérienne. Chaouch est épaulé par sa fille Jasmine, qui a pour compagnon Fouad Nerrouche, le bel ange de cette famille stéphanoise. Il est devenu comédien à Paris et commence à être très connu. L’intrigue commence par le mariage d’un des frères de la famille Nerrouche à Saint-Étienne. C’est dans cette ville qu’est né et a grandi l’auteur des Sauvages, Sabri Louatah.

C'est l'opposition entre deux France : Paris et Saint-Étienne ?

Pour nous, il y a vraiment deux situations sociales, deux oppositions politiques entre ces deux familles issues de l’immigration : la famille Chaouch à Paris, qui représente le pouvoir, l’argent, la bourgeoisie, et la famille Nerrouche à Saint-Étienne, qui incarne la province, la France des régions, celle qui n’a pas pris l’ascenseur social. Et puis Saint-Étienne, ce n’est pas un endroit que l’on voit régulièrement sur le petit écran alors qu’il s’agit d’une ville importante. Cet aspect nous a également beaucoup attiré.

Vous avez souhaité tourner à Saint-Étienne, pourquoi ?

C’est d’abord le récit qui nous l’a imposé : il était absolument indispensable de venir à Saint-Étienne. Je connaissais bien entendu le département de la Loire, mais je ne connaissais pas cette ville. Ce n’est pas l’image qu’on pourrait s’en faire. J’ai été agréablement surpris par Montreynaud : ce quartier stéphanois n’a rien à voir avec les cités ou banlieues parisiennes. Ouvert vers l’extérieur avec l’horizon à perte de vue, le quartier est bien entretenu, aéré, et donne sur des collines, ce qui en fait un décor particulièrement intéressant.

Concrètement, comment s'est passé le tournage dans la Loire ?

Tout s’est parfaitement déroulé avec les équipes locales. Nous avons été très bien accueillis et avons bénéficié d’une tranquillité que nous n’aurions pas eue dans la capitale. Tous les extérieurs et le mariage ont été tournés sur place. Nous avons préféré Paris pour les intérieurs pour des raisons de coût. Une scène importante a également été filmée au stade Geoffroy Guichard le 16 mars : les personnages de la série se retrouvent dans le Chaudron lors d’un match ASSE/PSG aux multiples enjeux. Nous avons également tourné à Montreynaud une scène liée à une mosquée. Nous avons utilisé sur place un décor spécialement reconstitué afin de ne pas susciter de tensions ni heurter la communauté musulmane pratiquante dans la mosquée du quartier. En tout, sur les 72 jours de tournage, 25 se sont déroulés dans la Loire, pendant lesquels près de 80 personnes de la production ont été mobilisés.

Vous avez aussi choisi de travailler avec des comédiens et figurants locaux...

Nous avons effectivement collaboré avec des gens de la Loire pour le casting. Tout le monde a été extraordinaire et nous avons trouvé le tournage très agréable et facile. Nous avons recruté plusieurs centaines de figurants, en lien avec des professionnels de la Loire chargés du casting stéphanois. Nous avons pu assister à certaines scènes, comme la toute première à Saint-Étienne. Elle a eu lieu dans un kebab, où nous avions fait appel à des acteurs de Montreynaud. C’était une grande première pour certains figurants. Ils se sont montrés très consciencieux et patients, ont demandé si leur interprétation convenait... Ça m’a touché.

Vous annoncez Les Sauvages comme la série événement de la rentrée 2019 sur Canal+...

Je m’attends à ce qu’elle provoque sans doute beaucoup de polémiques. Cette histoire du premier président français d’origine maghrébine, c’est l’équivalent d’Obama quand il a été élu aux USA. Pour moi, cette série raconte la France d’aujourd’hui qui essaie de comprendre et redéfinir son identité. Comment on définit un Français aujourd’hui ? À partir de quel moment un Français peut-il être considéré comme un Français ? Quelle est la place des autres dans tout ça ? Et puis pourquoi un jeune Maghrébin tire sur le premier président français issu de l’immigration alors qu’il aurait dû représenter pour lui un espoir ?
Ce sont toutes ces questions que la série soulève et qui préoccupent la société française et, au fond, un peu toutes les sociétés dans le monde d’aujourd’hui.

Comment avez-vous convaincu Sabri Louatah d'adapter son roman en série TV ?

C’est d’abord parce que nous lui avons garanti qu’il participerait à l’adaptation, et peut être aussi parce que j’ai initié et coproduit le film Un Prophète de Jacques Audiard qui fût en son temps le premier film français à donner une voix et une image aussi fortes à des personnages et des acteurs d’origine maghrébine.

Vous avez été fidèles aux écrits de Sabri Louatah ?

On est notamment très proche du 1er tome même si nous avons été contraints de réaliser quelques ajustements. La tour de Montreynaud a par exemple été détruite depuis et nous avons été parfois rattrapés par l’actualité.
L’adaptation a été assez compliquée jusqu’à l’arrivée de Rebecca Zlotowski, dont la rencontre avec Sabri Louatah fût décisive. Très vite, nous avons été d’accord avec Canal+ pour proposer la réalisation des Sauvages à Rebecca Zlotowski, dont le cinéma mélange brillamment réalisme et romanesque. Elle a repris avec Sabri Louatah toute l’écriture de la série en complicité avec un auteur qu’elle nous a présenté, Benjamin Charbit.
Sabri Louatah, qui vit aujourd’hui aux États-Unis, est venu nous rejoindre sur le tournage quand celui-ci s’est déplacé à Saint-Etienne. Sabri a très vite exprimé à Rebecca son bonheur de voir tout à coup ses personnages s’incarner, dès le visionnage des rushs des premiers jours de tournage. Il nous partageait sa vive émotion et trouvait que tout était juste et fidèle aux intentions des romans. Il fût même troublé par la ressemblance d’une des comédiennes avec sa propre tante stéphanoise.

Que pouvez-vous nous dire d'autre sur l'adaptation ?

La série, qui comporte six épisodes, s’est écrite jusqu’à la veille du tournage. Aujourd’hui, une équipe de grands professionnels s’est constituée autour de Rebecca Zlotowski avec un casting formidable : Roschdy Zem dans le rôle du président, Amira Casar dans celui de son épouse, Marina Foïs en responsable de la sécurité du président, et de brillants comédiens de la jeune génération qui se sont surpassés comme Dali Benssalah, Souheila Yacoub et Sofiane Zermani, dit Fianso, qui n’est pas du tout un inconnu puisqu’il est une des grandes figures du rap français, ainsi que bien d’autres comédiens tout aussi surprenants.
La musique aura aussi une grande importance dans la série puisqu’elle s’inspirera du thème des Sauvages de Jean-Philippe Rameau.
Enfin, Joëy Faré (Scarlett Production) et moi-même (CPB Films) n’en sommes pas à notre première collaboration puisque nous avons déjà coproduit plusieurs séries, notamment les trois saisons de Kaboul Kitchen pour Canal+.

Vous envisagez une seconde saison pour Les Sauvages ?

Pas particulièrement. C’est une mini-série en six épisodes de 52 minutes. À la fin du récit, le destin est clos pour les personnages. Nous n’envisageons donc pas de suite, Rebecca Zlotowski et Canal+ non plus. Du moins, pas pour l’instant.

 

LES SAUVAGES, CE SONT : 

72 jours de tournage, dont 40à Paris et 25à Saint-Étienne6épisodes de 52minutes

dont un entièrement tourné au stade Geoffroy Guichard
Des comédiens de renom :
Roschdy Zem, Marina Foïs,
Amira Casar, Sofiane Zermani,
Dali Benssalah, Souheila Yacoub…


et plusieurs centaines de figurants ligériens

 

Une moyenne de 12 jours de tournage par épisodeUne équipe de production de 80 personnes dans la Loire1 création originale
Canal+

Crédit photo : Frédéric Chambert

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