[PORTRAIT] Camille Bruyas, à grandes foulées

Originaire de Saint-Denis-sur-Coise, l'ancienne basketteuse s'est imposée de manière fulgurante dans l'ultra-trail. Deuxième de l'UTMB en août, elle n'entend pas en rester là. 

Publié le 5 janvier 2026

   

Ce contenu vous est proposé en lien avec la Bibliothèque sonore de Saint-Étienne.

Son pull « Sweet rebloch ! » nous la rend sympathique. Chignon négligé, boucles d’oreilles fantaisie, sweat-shirt gris… Camille Bruyas n’a, de la matinée, pas mis un orteil dehors. Tenue de répondre aux sollicitations médiatiques, nombreuses depuis quelques mois, elle garde la banane.

Il serait agréable, pense-t-on, de faire un bout de course à ses côtés. Mais aurions-nous le niveau pour tenir la distance qu’il faudrait encore soutenir l’allure. Impensable : ses derniers chronos ont fait d’elle une star du trail. C’était en août, à Chamonix, sur le mythique UTMB (Ultra-trail du Mont-Blanc, 176 km, 9 900 m D+). Son classement : deuxième féminine, devant la légendaire Courtney Dauwalter. Une performance dont n’aurait osé rêver la fillette élevée en campagne. 

 

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Première victoire en 2016

Camille Bruyas grandit au hameau de Bas-Lieu, à Saint-Denis-sur-Coise, dans les Monts-du-Lyonnais. Au foyer, trois enfants se partagent l’affection d’un père, agriculteur, et d’une mère, aide-soignante. Le village possède une équipe de basket. La cadette est de grande taille. Elle enfile un temps le maillot local avant de basculer aux Enfants du Forez.

À 18 ans, son inscription en fac de médecine la déroute des parquets. Elle choisit de suivre quelques copines aux entraînements du Coquelicot 42 et fait ses gammes en demi-fond. Mais l’étudiante a des envies d’ailleurs. Diplômée de l’Institut de formation en masso-kinésithérapie de Saint-Michel, elle emménage à Grenoble avec son conjoint avant de tout plaquer pour le folklore réunionnais.

Sur l’ « île intense », chausser des baskets est un sport national. Le trail permet au couple de tisser des liens. Camille se découvre une appétence et d’incroyables dispositions pour la discipline. Inscrite aux 60 km de la Mascareignes en 2016, elle termine première dame. Avant de s’imposer sur le Trail de Bourbon en 2017. La saison 2018 la place dans le top 5 de la Diagonale. Et les victoires s’enchaînent à son retour en Métropole. « Tout était facile », confie-t-elle.

Pépin de santé

L’itinéraire, depuis, n’est plus si roulant. La faute à une endofibrose artérielle à la jambe gauche. Opérée en 2023, l’athlète a de nouveau subi les affres du bistouri en juin 2025. Sans assurance de pouvoir courir les prochaines échéances à pleines capacités. « Mais cela fait partie du jeu. Je dois vivre avec », philosophe la trentenaire, désormais installée en Haute-Savoie.

Membre du team Salomon, entraînée par Christophe Malardé, Camille Bruyas n’assure plus de consultations en kinésithérapie (trop chronophages). Mais ses cours de yoga font le bonheur des habitants de Leschaux ; quelques plages horaires ont été biffées à son agenda. Le reste n’est qu’entraînement. Vélo, ski de fond, rando… Le mix indispensable pour tenir dans la durée.

 

Il faut savoir se préserver

 

La Ligérienne ne s’autorise pas plus de deux ultras par an. « Je viens du milieu de la santé, explique-t-elle. Le trail est très exigeant. On va vraiment jouer avec les limites du corps, de l’esprit. Il faut savoir se préserver, accepter d’en faire moins, se montrer patient »

Besoin d'être entourée

« Elle est bluffante, souffle son conseiller en communication Fred Machabert. Son endurance est dingue mais Camille a besoin d’être entourée, de partager pour performer. La notion de collectif est très présente dans tout ce qu’elle fait ».

« C’est quelqu’un d’entier et de vrai, renchérit Antoine Relave, son compagnon. Elle a de fortes valeurs. » Cuisiner, manger, recevoir constituent trois des activités favorites de la discrète Ligérienne. Son plaisir : réunir proches et « copains », au terme de rudes journées, en mode pizzas/bières.

Quels seront ses objectifs 2026 ? Les 120 km de Madère, les 90 du Mont Blanc à moins qu’elle ne se lance un défi plus personnel. « La maternité, j’y pense. Et pourquoi pas en pleine carrière ? J’ai encore de belles années de course devant moi. Je connais bien mon corps. Je suis armée. Le destin décidera » .

>> En 5 dates

2 août 1992 : Naissance à Saint-Priest-en-Jarez.

Juin 2013 : Diplômée en masso-kinésithérapie à Saint-Étienne.

Octobre 2016 : Victoire à la Mascareignes, son premier ultra.

2019 : Elle remporte la SaintéLyon sur ses terres.

2021 et 2025 : Deuxième à l’UTMB. Une course jugée parfaite en 2025. « Mes amis et ma famille étaient présents tout au long du parcours, écrit-elle. Et quand je dis tout le long c’est vraiment partout, même sous les trombes d’eau et la neige. Et puis des milliers de spectateurs, qui criaient Camille et leur bonheur de participer à leur manière à la fête. Je me serais cru dans le chaudron de Saint-Étienne ! »

© Fred Machabert

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