[DOSSIER 1/4] Forêts ligériennes : un bois précieux mais fragile

Bûcherons, scieurs, charpentiers ont à cœur de valoriser le bois ligérien. Mais le réchauffement menace nos forêts. Le Département travaille à leur acclimatation.

Publié le 30 mars 2026

   

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Quel point commun entre la halle de Noirétable, le bâtiment d’accueil du col de la Loge et l’école d’Ambierle ? On a, pour chacune de ces constructions, prélevé des matériaux dans un rayon de 30 km. Où donc ? En forêt. Car la Loire est riche en la matière : non que les surfaces excèdent la moyenne nationale mais la ressource est de qualité. « C’est pourquoi le bois d’oeuvre, destiné à la construction (charpente et menuiserie) et à l'emballage constitue la majeure partie de la récolte, indique Mathieu Condamin, directeur de Fibois42. Le bois industrie (panneaux, papier…) et le bois énergie représentent moins de 20 % du total. »

37 scieries absorbent les grumes dans le département. Elles débitent près de la moitié de la récolte annuelle. Le marché local ne captant pas la totalité du volume, 50 % des sciages sont écoulés hors département et à l’export. « Certains produits demeurent, à l'inverse, fortement importés, remarque Mathieu Condamin. Les Scandinaves ont de l’avance dans les bois collés. La France est moins compétitive. Mais l’intérêt pour le bois local va grandissant. Avec raison car il n’est pas plus cher. Il ne manque pas de qualité et peut être débité sur liste (sur mesure, N.D.L.R.). Seul le délai doit être anticipé. »

 

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À force d’arguments, les équipes de Fibois ont fini par rallier architectes, bureaux d’étude et charpentiers : qu’ils viennent du Pilat, du Roannais ou des monts du Forez, douglas, pins, sapins servent désormais la réalisation de chantiers 100 % Loire. Une bonne chose à titre écologique (et stratégique car le saviez-vous ? Le mélèze de Sibérie est introuvable depuis la guerre en Ukraine). A condition de s’assurer la durabilité de la ressource.

Mon beau sapin ?

Peuplements déplumés. Désséchés. Rougis. Les cimes de Verrières-en-Forez ont perdu en rondeurs et en exubérance. Les tiges portent les stigmates de la sécheresse 2022. Là se limitent pour l’heure les dégâts liés au réchauffement climatique, la Loire n’ayant pas à subir, comme l’Ain ou le Jura, d’attaque de scolytes (dans l’Est, les épicéas tombent par centaines).

« Nous redoutons davantage les fortes températures, souligne Marie-Pauline Tachon, responsable de l’antenne Loire Rhône du CNPF (Centre National de la Propriété Forestière). Le sapin pectiné est l’essence la plus représentée dans la Loire. La gestion de ces peuplements exclut les coupes à blanc. Les bûcherons prélèvent les arbres en petites éclaircies en veillant à maintenir un couvert. Le problème c’est que les propriétaires ont tendance à délaisser ces opérations de "jardinage". Or les coupes contribuent au renouvellement naturel et au maintien du peuplement en bonne santé ».

Les parcelles situées à moins de 800 mètres d’altitude sont les plus vulnérables. Le CNPF incite les propriétaires à embrasser une démarche plus dynamique.

Un pari sur l’avenir

Couper, oui mais pour replanter quoi ? Difficile d’imaginer ce que seront les conditions climatiques dans 50 ou 60 ans. Impensable de tout raser, insiste Marie-Pauline Tachon. « Il faut donner leur chance aux peuplements et amener de la diversité. Les propriétaires ont beaucoup évolué sur le sujet. » Les plantations exclusives de douglas, plébiscitées jusque dans les années 2020, sont moins en vogue. « L’objectif n’est plus de produire à 100 %. Les forestiers raisonnent aujourd’hui sur un modèle 60/40 : 60 % de production, 40 % de résilience ». Le Département participe de cette prise de conscience, lui qui soutient le reboisement et particulièrement la diversification. Des aides bonifiées (2 000 € et plus par hectare) récompensent l’introduction dans les parcelles de cèdres, pins maritimes et laricios, sapins méditerranéens, douglas californiens…

La collectivité pousse même à l’expérimentation. Dans les monts du Forez comme dans le Pilat, certains se risquent à l’exotisme, chérissant jeunes pousses de pins à l’encens ou de liquidambar.

Plan filière

Un plan filière compile l’ensemble des mesures et subventions. Les élus l’ont doté de 7,8 millions d’euros sur sept ans (2021-2027). « C’est un bel outil que d’autres territoires nous envient, note Marie-Pauline Tachon. Six techniciens travaillent localement pour le CNPF. Sans le Département, nous ne pourrions maintenir ce niveau de présence ». Fondamental pour informer et sensibiliser des milliers de propriétaires. Car c’est une autre des spécificités de la forêt ligérienne : son morcellement extrême. 43 000 privés se partagent 95 % du couvert.

 

En chiffres

2 000La filière ligérienne fédère 2 000 entreprises et fait vivre près de 7 000 travailleurs.   143 000 haLa surface couverte par la forêt dans la Loire (un tiers du territoire). Le Département est le deuxième plus gros propriétaire public. Plus de 800 ha de bois lui appartiennent, dont l'ONF (Office national des forêts) assure la gestion. 716 000 m3Le volume de bois récolté chaque année. 543 000 m3 sont commercialisés, dont 450 000 m3 en bois d’œuvre. 210 000 m3 sont pris en charge par l’un des 37 scieries installées dans le département dont la très grande majorité sont des PME artisanales.

Parole d'élu

Jean-François Chorain

 

Jean-François Chorain
Conseiller départemental délégué au soutien à la filière forêt-bois

« Le Plan filière 2021-2027 du Département est constitué de neuf dispositifs : aide à la création et à la rénovation de dessertes forestières, au reboisement, à l’installation de jeunes entrepreneurs de travaux forestiers… Il s’agit avant tout de favoriser les circuits courts et de soutenir l’économie locale. »

© Pierre Grasset

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