[DOSSIER 2/4] "Couper un arbre n'est jamais anodin"
Jean-Michel Oriol promène sa tronçonneuse dans les monts du Forez.
Publié le 30 mars 2026
Ce contenu vous est proposé en lien avec la Bibliothèque sonore de Saint-Étienne.
Hauts de quarante mètres, les douglas versent dans la pente tels des allumettes. La scène se répète : longue toux crépitante suivie d’un souffle mat, puissant. Les bois de Saint-Rirand résonnent de ce fracas végétal. Jean-Michel Oriol est à la manoeuvre. Le bûcheron – 28 années de métier au compteur- milite pour une gestion raisonnée de la forêt.
Vous ne travaillez qu’à la tronçonneuse ?
Oui, j’aime avoir les mains couvertes de résine. J’aime la technicité. Deux impératifs guident mes gestes : préserver l’arbre et la nature environnante. Je travaille beaucoup dans l’irrégulier.
Autrement dit : vous intervenez de manière ponctuelle dans les parcelles.
Je ne fais pas de coupe rase, cela ne m’intéresse pas. Mais ce n’est pas un gros mot. Certaines de ces pratiques sont pertinentes.
Par exemple ?
Il y a le cas de peuplements dépérissants. Et puis on a beaucoup vu, depuis 2010, d’abatteuses dans les parcelles d’épicéas. Parce qu’après-guerre, avec la déprise agricole, tout le monde s’est pris d’intérêt pour cette essence. Sauf que certains de nos anciens ont laissé pousser les arbres sans gérer les peuplements. Résultat : on est arrivé au bout d’un cycle de 80 ans avec de très gros bois, sans régénération possible au milieu. Les arbres, c’est comme les carottes. On les plante en rang très serrés mais après, il faut les éclaircir.
Une nécessité, d’autant que les sciages servent nos modes de consommation : pour l’ameublement et la construction.
Oui, récolter du bois est important. Mais il faut le faire intelligemment. Couper un arbre n’est jamais anodin. Il m’est arrivé de refuser des chantiers au prétexte qu’ils n’étaient pas justifiés.
Certains de vos confrères, dans le Pilat, sont pris à partie par les randonneurs. Le sujet est sensible ?
Je n’ai personnellement jamais été victime d’invectives. Parfois les gens s’arrêtent. J’explique ce que je fais. Ils comprennent qu’il y a une logique. Et puis j’ai moi-même pas mal évolué. Gamin, je ne voyais pas l’intérêt de préserver des arbres morts. Aujourd’hui, je sais que ce sont des réservoirs de biodiversité. La forêt souffre avec le changement climatique, mais les mentalités évoluent. Heureusement.
© Fabrice Roure
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