[PORTRAIT] Le temps d'un éclair avec Mehdi Hadj Mebarek

Pâtissier de renom installé au Qatar, Mehdi Hadj Mebarek a choisi d'investir à Saint-Étienne début 2026. Sa pâtisserie Ambre fait un carton place Jean-Jaurès. 

Publié le 29 juin 2026

   

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« Ma vie est un film », attaque Mehdi Hadj Mebarek, cherchant d'entrée notre indulgence. Il a, la veille, reporté notre échange d’une demi-journée : un souci d’avion. Affiche encore cet après-midi vingt-cinq minutes de retard. Sa bonne humeur l’absout. Serait-il arrivé à l’heure qu’il n’aurait pu s’asseoir. Sa nouvelle affaire -Ambre-rencontre un succès monstre à Saint-Étienne. Il sourit, avant de nous tendre une assiette, manière de dire : « Jugez sur pièce ». Framboise et chocolat, la création du jour.

L’homme a grandi à deux pas, dans le quartier du Crêt-de-Roc. Inscrit à 15 ans au lycée hôtelier de Saint-Chamond, il se découvre une appétence pour le sucré dès son premier cours de cuisine. « Un flan pâtissier », se souvient-il. À 18 ans, il accepte, jeune diplômé, un job en restauration au Royaume-Uni. Il ne parle pas un mot d’anglais mais fonce tête baissée.

Son travail est remarqué lors d’une providentielle rencontre ASSE-Manchester. La presse lui consacre un article ; suffisant pour éveiller l’intérêt d’un certain Thierry Marx. « On m’a demandé de venir à Paris. Je ne savais pas qui sollicitait mes services. Je n’ai compris qu’une fois rue Laborde, dans le 8e »

Dubaï ou rien

Le gamin n’en revient pas : Marx est un cuisinier emblématique mais aussi une star médiatique (il a été jury de Top Chef cinq saisons). Or Mehdi ne jure que par les réseaux : vidéos Facebook et autres comptes Insta. Embauché comme sous-chef, il passe chef pâtissier, puis chef de production. « Je lui rendais des comptes en direct. On avait rendez-vous toutes les semaines au Mandarin oriental ».

Le bonheur, encore que. Le Ligérien n’a jamais poursuivi qu’un rêve : vivre à Dubaï, terre de tous les possibles. « J’adore le bling bling ». Le jeune padawan s’en ouvre au pape de la gastronomie moléculaire qui se dit navré : il n’a rien pour lui aux Emirats arabes unis. Mais au Qatar, peut-être…

Dix jours plus tard Mehdi s’envole. Recommandé à la Maison Dellos, il s’en va diriger l’équipe du Café Pouchkine à Doha. S’ensuivent trois créations de boutiques (Blanche à Doha et Alger, Cafu à Riyad), la naissance d’une activité de consulting, l’organisation de mariages princiers, une émission de TV (Le Meilleur pâtissier Algérie)… 

« Ma vie est un film », répète l’entrepreneur de 28 ans, désormais à la tête de 42 salariés. Ce dandy chic, gueule d’ange et coupes vestimentaires impeccables, « d’un charisme énorme », confie son ancien prof’ de lycée David Letellier, prépare encore une ouverture au Maroc.

Il passe le plus clair de son temps à 8 000 mètres d’altitude. « Petit, je m’imaginais steward sur la compagnie Emirates. Raté. Mais, j’ai décroché leur carte platinium », se marre-t-il.

Noura Dati à ses côtés

Son manager Noura Dati l’aide à tenir ses affaires. Il gère lui-même ses réseaux (845 000 followers). Assure que les critiques -car il y en a- ne l’atteignent pas. « C’est plus dur pour la famille » : sa soeur, présente en boutique (il l’a nommée directrice d’Ambre Saint-Étienne), et sa mère, attablée en terrasse. Originaire de Sétif, c’est elle qui lui a appris l’arabe. Le père est chauffeur poids-lourd. Selmen, le dernier de la fratrie de six, vit encore au foyer. On l’invite à se présenter. Il n’est pas le seul dans la salle à bien connaître le patron. Un client, soudain : « Ça va Mehdi ? » Pas un anonyme mais un ami, l’humoriste Farid Chamekh, passé par le Djamel Comedy Club. « Une vraie star, lui ! », sourit le pâtissier.

Mehdi Mebarek ne cuisine plus que dans l’univers épuré de son laboratoire, près de Geoffroy- Guichard. Quelques célébrités l’accompagnent, occasionnellement, face caméra.

 
 
 
 
 
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Mais c’est hors champ qu’il teste de nouvelles associations. Son dessert signature ? Sa création iconique ? Un entremet fleur d’oranger, cardamone, chocolat noir et zeste d'orange.

 

Tout est venu en même temps ; la fatigue, le doute, c’est difficile. 

 

Un peu dépassé parfois, le Stéphanois trouve refuge dans les partitions de musique classique. Trois ans qu’il apprend le piano. « J’ai un prof à Saint-Étienne, un au Qatar, pour ne pas perdre le fil. » Le compositeur Ludovico Einaudi a son admiration. L’objet, peut-être, d’une future collaboration.

>> En 5 dates

22 avril 1998 : Naissance à Saint-Priest-en-Jarez. Il fait ses études au collège Claude- Fauriel puis au lycée hôtelier de Saint-Chamond avant de rejoindre l’équipe de Sabrina Chiboub dans un coffee-shop à Manchester

24 novembre 2018 : Entrée chez Thierry Marx

16 juillet 2023 : Ouverture d’une boutique à Doha : Blanche. On le sollicite, ponctuellement, pour l’organisation de mariages princiers au Moyen-Orient. Des événements qui flirtent avec la démesure : 200 000 € de gâteaux, 103 pâtissiers en cuisine, une semaine de préparatifs…

10 juin 2024 : Ouverture d’une deuxième boutique à Alger (il a depuis cédé ses parts)

30 mars 2026 : Ouverture d’Ambre pâtisserie à Saint-Étienne

© Fabrice Roure

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