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Le sphinx : renaissance du mythe

Le sphinx a été l’objet de toutes les attentions en cette année 2014. Claude d’Urfé, bâtisseur du château Renaissance, a fait réaliser cette statue au 16e siècle. 400 ans passés en extérieur, soumis aux aléas climatiques, l’ont profondément dégradée. Algues, mousses et lichens ont envahi la sculpture. Une restauration était donc nécessaire pour sauver le gardien du château.

Il reste aujourd’hui peu d’exemples de sphinx du 16e siècle et la restauration d’une telle sculpture de pierre est très rare, notamment pour les restauratrices qui sont intervenues. L’opération, qui s’est déroulée en plusieurs étapes, aura duré environ 8 mois, de novembre à juillet 2014.

Jour J, le 7 novembre 2013 : la dépose  

Le sphinx et son socle orné d’hiéroglyphes ont été d’abord déposés puis déplacés pour pouvoir ensuite être restaurés dans une salle du château.

La première étape de la dépose du sphinx a consisté en l’installation d’un échafaudage autour de l’œuvre. La statue n’était pas fixée sur le socle mais reposait simplement sur dernier. Les restauratrices ont donc installé des palans afin de permettre la manipulation du sphinx. Le socle, quant à lui, était scellé par un mortier de chaux à son piédestal. Avant de le déposer il a donc fallu le désolidariser de sa base. Les risques de rupture de l’œuvre étaient très importants compte tenu des grandes fissures apparentes qui laissaient craindre une cassure. Une fois dégagée une partie du mortier de chaux, les restauratrices ont pu sangler le socle et le déposer. Le bilan de la première journée s’est avéré très positif malgré l’opération délicate et les inquiétudes initiales. Les œuvres déposées se sont révélées en meilleur état que ce qui avait été envisagé. Même si « meilleur état » ne signifie pas « bon état », l’œuvre était plus solide que prévue. La restauration est heureusement intervenue à temps, la dégradation n’avait pas encore altéré l’intégrité profonde de l’œuvre.


L’heure du traitement : la restauration en salle

Un traitement biocide, solution aqueuse à base d’ammonium, a été appliqué à l’aide d’un pulvérisateur sur toute la surface du sphinx et du socle. Le produit a ensuite agi pendant environ 3 semaines. Ce temps de pose nécessite des conditions bien spécifiques de température entre 10°C et 25°C dans la pièce.

A l’issue de la période d’action du produit, la phase de nettoyage débute. Le traitement biocide est efficace si les mousses, lichens, algues qui parasitent la sculpture deviennent noirs. A l’aide d’une petite brosse ou d’une brosse à dents la restauratrice retire la première couche de microorganismes éliminés par le traitement biocide. Pour se débarrasser des mousses récalcitrantes, la restauratrice procède ensuite au micro sablage, sorte de « gommage ». Pour ce faire le sphinx et le socle ont été, à tour à tour, isolés sous une tente de protection afin de limiter la propagation des poussières.

 

Sablage du Sphinx de la Bâtie d'Urfé Sablage du Sphinx de la Bâtie d'Urfé Sablage du Sphinx de la Bâtie d'Urfé

 

Au cours du 20e siècle le sphinx et le socle ont fait l’objet de restaurations plus ou moins grossières. Des bouchages en ciment ont été introduits pour combler certains manques. La quatrième étape de la restauration a donc consisté à purger ces bouchages et à retirer les chevilles en fer qui les fixaient à l’œuvre. Le fer en s’oxydant constitue un matériau néfaste pour la pierre. Les agrafes métalliques ont donc été remplacées par des chevilles en inox pour fixer les nouveaux bouchages.


La réalisation de la copie

Pour garantir sa conservation, le sphinx original ne pouvait plus être exposé à l’extérieur et c’est une nouvelle statue qui règne depuis peu sur la cour du château. La rampe d’accès au château ne pouvait demeurer privée de son sphinx, pièce maitresse du programme décoratif de Claude d’Urfé et de son message humaniste. Le choix de réaliser une copie a donc été retenu. Cette copie n’a pas été sculptée sur place, au château, mais dans un atelier parisien. Pour ce faire le sphinx a été transporté jusqu’à Paris pour servir de modèle au sculpteur.

Beaucoup trop fragile pour supporter un déplacement, le socle quant à lui est demeuré au château.  Le sculpteur a procédé à un estampage sur place. Il a ainsi réalisé des moulages en plâtre des hiéroglyphes gravés tout autour afin de pouvoir ensuite les reproduire parfaitement dans son atelier, sur un socle de même forme, dimensions et matériau.


Le retour au château

Le sphinx et sa copie ont regagné le château de la Bâtie où le public peut dorénavant les (re)découvrir …

Pour préserver l’intégrité de l’œuvre d’origine, les choix de restauration actuels privilégient le retrait des restitutions postérieures lorsqu’elles peuvent dénaturer l’aspect initial. C’est pourquoi, sur le sphinx original, la patte gauche de facture très grossière, réalisée au 19e siècle pour combler celle d’origine manquante, a été retirée.

 

Sablage du sphinx de la Bâtie d'Urfé Sablage du sphinx de la Bâtie d'Urfé Sablage du sphinx de la Bâtie d'Urfé

 

L’ouverture de deux nouvelles salles d’exposition, consacrées à « L’énigme Sphinx, voyage d’un gardien intemporel », retrace les différentes étapes de cette aventure et permet aujourd’hui au public de découvrir le sphinx restauré.

 

Le sphinx a été restauré grâce au mécénat. Le Département de la Loire remercie tous les mécènes : Le Groupe Casino, la SAS Brunel Entreprise, l’Association Vieilles Maisons françaises, la SARL Cabinet Béal.


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