[PANORAMA] Aidant : et si c'était vous ?
Ils vivent la situation comme normale. Mais s’épuisent au chevet d’un proche dépendant. Des dizaines de structures, Département compris, se mobilisent pour soutenir les aidants dans la Loire. Et leur éviter le burn out.
Publié le 29 septembre 2025
Ce contenu vous est proposé en lien avec la Bibliothèque sonore de Saint-Étienne.
Ils soutiennent un conjoint, un parent, un frère, une amie affecté par l’âge, la maladie ou le handicap. Offrent leurs services en matière de ménage, courses, repas, toilette… Leurs histoires sont légion. Et leur nombre ne fait que croître. 11 millions de Français sont aujourd’hui concernés par l’aidance. Un Ligérien sur 4. Sans doute avez-vous déjà croisé la route de ces cohortes. Peut-être êtes-vous personnellement concerné.
Les études statistiques évoquent une plus forte proportion de femmes (54 %), mais aussi de jeunes : 28 % des aidants auraient moins de 35 ans. Impossible de penser le maintien à domicile sans leur concours. Il faudrait aux pouvoirs publics dépenser 164 milliards d’euros annuels pour suppléer cette « main d’œuvre invisible et bénévole* » !
"Normal", oui mais...
Mais les situations ne sont pas toujours bien vécues. Usés par la répétition de tâches chronophages, certains s’essoufflent. Et les tendances démographiques des vingt dernières années amplifient le phénomène : explosion du nombre de personnes vieillissantes, allongement de la durée de vie en présence de pathologies lourdes et dépendantes, réduction de la taille des fratries, augmentation du nombre de divorces, éclatement géographique des familles… « Le nombre d’aidants diminue et leur charge s'intensifie », constate Cathia Oueslati, chargée de développement à L’Olivier du Gier. Avec, en bout de course, un fort risque de burn out.
Psychologue à Saint-Étienne, David Delalu parle de boucles "de culpabilité". « Dans l’esprit des gens, aider un proche relève de la normalité. Du coup, ils ne font jamais part de leur ressenti et surtout ne s’autorisent aucune émotion négative. Un exemple ? "Je monte un peu le ton avec maman. Avec le recul, je me dis que je n’aurais pas dû, que j’ai failli et je compense la fois d’après. J’essaye de me racheter, d’une certaine manière." Les gens tombent dans une espèce d’emballement. J’aime à leur dire : "Vous trouvez qu’aider votre mère est normal ? Ok, mais reconnaissez quand même que cela peut être épuisant" ».
Un marathon, c'est long
Le professionnel file la métaphore sportive. Aux aidants, il conseille les logiques marathoniennes. Impossible de tenir le rythme d’un sprint sur 42 kilomètres. « Le secret, c’est l’économie d’énergie et la récupération. » Identifier ses ressources est primordial. Les préserver contribue à juguler la charge mentale. « Cela peut-être la lecture, le sport, le tricot, n’importe quoi, précise David Delalu. Mettre des choses en place pour s’octroyer ces temps de respiration constitue une bonne stratégie, un investissement. Prendre soin de soi, c’est mieux accompagner dans le temps. »
Guichet unique
Vers qui se tourner ? À qui s’adresser ? Portée par l’association Danaecare, l’Escale des aidants centralise, dans la Loire, toutes les demandes d’information, qu’elles émanent de particuliers ou de soignants. Le Département soutient et finance ce guichet unique depuis 2022. « Nous réorientons beaucoup vers les structures partenaires, note André Simonnet, co-directeur de l’association. Accompagnement social et soutien psychologique font également partie de nos missions. Nos travailleurs sociaux se déplacent sur tout le territoire (l’association tient une dizaine de permanences décentralisées) et animent un groupe de parole mensuel ».
Les échanges ont lieu au château de Valbois, siège de l’association, sur la commune de L’Étrat. Assis en cercle, les présents se livrent à mi-voix, confient leur désarroi : « Quand mon mari, hospitalisé pour un AVC, est rentré à la maison, je suis tombée de haut. Il me fallait être une bonne épouse, une bonne mère, une bonne collègue, une bonne aidante… Je ne faisais que pleurer ».
Beaucoup décrivent « l’enfer quotidien ». Relativisent au récit de leur voisin, et redressent imperceptiblement la tête. « Quatre ans que nous n’étions pas sortis avec mon épouse. La semaine dernière, nous avons pris le déambulateur, l’oxygène, et nous avons fait le tour du pâté de maison ». Ou encore : « Je sais maintenant ce que je ne veux plus faire. Ces discussions m’ont beaucoup aidé. J’ai des clefs pour agir différemment ».
(*) Les proches aidants pour Les Nuls - Marina Al Rubaee et Jean Ruch
© Fabrice Roure










