[INTERVIEW] Cinq questions à la psychologue Karen Barret

Employée par l’association Familles rurales (Saint-Genest-Malifaux), Karen Barret gère le Relais d’accueil et d’écoute du Pilat.

Publié le 29 septembre 2025

Ce contenu vous est proposé en lien avec la Bibliothèque sonore de Saint-Étienne.

Rares sont les aidants à solliciter d’eux-mêmes le relais. Comment s’opère la prise de contact ?

Dans la majorité des cas, ce sont des professionnels qui repèrent un besoin d’étayage (médecins, infirmiers libéraux, assistantes sociales de secteur, élus…). Ils me contactent et je propose un rendez-vous au domicile de l’aidant-aidé. Ensemble, nous évaluons les difficultés puis je leur fais différentes propositions : bénéficier d’un accompagnement psychologique sur cinq séances, rejoindre l’un de nos ateliers mensuels à Bourg-Argental (activités créatives) ou Saint Genest-Malifaux (centré sur le jeu), profiter de quatre séances sous leur toit animées par l’une de nos deux intervenantes. Mais le soutien psy est souvent priorisé.

Pourquoi, d’après-vous ?

Je rencontre des aidants sur-stimulés, débordés d’informations, d’émotions. Leur mal être n’est ni formulé ni mentalisé. Ils ne s’autorisent aucune plainte. Je leur dis qu’avec moi c’est permis, que c’est même le bon endroit. Cinq séances permettent d’esquisser une mise en paroles, une mise en mouvement.

Les aidants traversent-ils tous les mêmes épreuves ?

Non, car les parcours de vie sont différents et les embûches multiples. L’entrée dans la dépendance, selon qu’elle est le fait d’une maladie ou d’une chute, n’est pas vécue de la même façon. Elle peut renforcer des fragilités, bouleverser des équilibres, générer du conflit au sein des fratries... C’est pourquoi mon écoute n’est pas seulement individuelle mais familiale.

La peur semble être une émotion partagée…

Il y a la peur de l’avenir, la peur que la vie se modifie pour toujours, la peur d’être privé de liberté. Peur pour l’autre et peur pour soi. Parfois, on rencontre aussi de la frustration et de la colère. Des sentiments difficilement exprimables mais compréhensibles : dus au manque de connaissances, de patience. Cela ne veut pas dire que tout soit négatif. Certains aidants sont aussi très résilients.

Comment les accompagner au mieux ?

L’écoute est très importante. Inconditionnelle, non jugeante. Dans la plupart des cas, elle permet aux gens de sortir de leur isolement. Mais elle n’est en rien réservée aux psychologues. Il s’agit également d’identifier des appuis, des ressources et d’aider les aidants à protéger ce qui est important pour eux.

 

© Pierre Grasset

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