[PORTRAIT] Top gun : le film de sa vie

Après 20 années passées dans l'aviation de chasse, Bertrand Butin quitte le service. Le pilote de Roanne se reconvertit dans le civil. 

Publié le 27 octobre 2025

   

Ce contenu vous est proposé en lien avec la Bibliothèque sonore de Saint-Étienne.

Nom : Butin. Call sign (*) : Bubu. Il porte la combinaison olive, la coupe en brosse. Arbore à sa manche gauche un drapeau tricolore. Seules lui font défaut, dans l’immédiat, les lunettes noires. Plus qu’aucun autre, l’uniforme fouette l’imagination. Stationné sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier, en Haute-Marne, Bertrand Butin appartient pour deux mois encore à la très prestigieuse Aviation de chasse. Ce quadra ne fera pas carrière dans l’état major ; trop attaché à ses ailes pour s’enfermer dans un bureau. Il pense l’heure venue d’arrêter, pour mieux se bâtir un avenir à plus de 30 000 pieds. Le changement n’est pas pour l’inquiéter. Ce fils de militaire a de tout temps vécu d’impermanence. 

 

(*) Surnom donné aux pilotes par leurs pairs, destiné à protéger leur identité et faciliter les communications en vol.

 

Les déménagements rythment sa jeunesse. La famille se transporte au gré des affectations du père, commissaire de l’air. En 1991, le gamin atterrit chez ses grands parents, à Roanne, pour suivre l’enseignement du collège Saint-Paul. À l’heure où nombre d’adolescents doutent de leurs choix d’orientation, lui sait précisément quelle sera sa voie. C’est un Tom Cruise, star naissante d’Hollywood, qui l’en a décidé. Bertrand Butin avait six ans lors de la sortie de Top Gun : l’héroïsme d’Iceman et consorts l’a bouleversé.

Lycée militaire à Grenoble, école des pupilles de l’Air à Montbonnot… Lorsque le jeune homme n’étudie pas, il quadrille l’azur ligérien. Le Centre de vol à voile roannais est son port d’attache. Son premier vol solo a confirmé son intérêt pour les airs. L’été, l’adolescent va jusqu’à planter sa tente sur la pelouse de l’aéroclub pour ne gâcher aucun de ces précieux instants.

 

La chasse, c'était le graal

 

De solides amitiés se nouent dans l’ombre des planeurs. De celles qui durent. Mais le Roannais rêve de haute technicité, de « machines à la pointe de la performance ». « La chasse, c’était le graal. D’autant que je souhaitais m’engager, trouver un sens à ce que je faisais ».

Chef de mission

Sélectionné pour intégrer l’armée de l’Air en 2000, il est breveté pilote de chasse en 2005. Sur Mirage F1 d’abord, sur Rafale ensuite, on l’envoie sur tous les théâtres de guerre. Du « feu », il ne dit rien, ou presque ; tenu au devoir de réserve.

Chef de patrouille, nommé chef de mission à l’international, le capitaine affectionne travailler en équipe. Les forces aéronautiques encouragent saines rivalités et rapports communautaires… « Un peu comme le ferait une confrérie… » C’est tout l’esprit du film de Tony Scott que Bertrand Butin goûte au quotidien. Passé un temps instructeur (à l’image d’un certain Maverick), il est affecté au sein des trois escadrons de Mont-de-Marsan (Normandie Niémen, Lorraine et Côte d’Argent.) avant de se porter candidat au poste d’Ambassadeur Rafale.

Ambassadeur Rafale

Son rôle ? Faire la promotion de l’aéronef auprès du grand-public et susciter des vocations. L’entreprise est des plus exigeantes. Le pilote en démonstration vole à des altitudes anormalement basses -500 pieds, soit 150 m- là où les protocoles militaires interdisent toute figure de voltige.

« On pousse les performances de l’avion au maximum, dans le respect des règles de sécurité. Un entraînement spécifique est nécessaire ». Dont de nombreuses séances de sport pour préparer le corps (et ses 75 kg de muscles) à encaisser 10 G (**).

 

(**) Accélération gravitationnelle. À 10 G, un corps de 70 kg semble en peser 700.

 

Ambassadeur en titre de 2022 à 2023, Bertrand Butin a ces dernières années formé son successeur, choisi par ses soins. À lui en plus la gestion d’un pool de 50 mécaniciens chargés d’accompagner le duo en meeting, par équipe de sept.

Ils étaient le 14 septembre 2025 à Roanne dans le cadre du 25e meeting international et termineront la saison fin novembre à Dubaï. Au 31 décembre, ce père de famille sera officiellement retraité de l’armée de l’Air. Alors profitera-t-il de quelques congés pour goûter une autre forme d’ivresse, faite de neige et -toujours- de vitesse. « Je skie énormément. Dans les Alpes, la plupart du temps. »

Sa reconversion dans le civil est amorcée, lui qui ne bénéficiera, malgré 4 000 heures de vol dont 2 000 sur Rafale, d’aucune passerelle. Dans sa ligne de mire : « une grande compagnie française ».

>> En 5 dates

9 octobre 1980 : Naissance à Lyon. Bertrand Butin emménage en 1991 à Roanne.

12 octobre 1996 : 1er lâcher en planeur au Centre de vol à voile roannais (il en conserve la trace au sein d’un vieux carnet de vol). Le pilote revient régulièrement pratiquer dans la Loire. « Je prends autant de plaisir dans un planeur que dans un Rafale » .

Mai 2005 : Décroche son brevet de pilote de chasse.

Décembre 2007 : Première Opex (opération extérieure) au Tchad. L’intervention durera trois mois.

2009 : Est nommé équipier dans la patrouille Cartouche Doré (petite sœur de la Patrouille de France) où il connaît sa première expérience en meeting.

© Vincent Poillet

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