[UNE PAGE D'HISTOIRE] 40 ans de Fête du livre à Saint-Étienne : les confidences de Jacques Plaine

La Fête du Livre de Saint-Étienne a 40 ans. À quoi ressemblait-elle aux origines ? Les confidences de son instigateur, Jacques Plaine.

Publié le 29 juin 2026

   

Ce contenu vous est proposé en lien avec la Bibliothèque sonore de Saint-Étienne.

« Chapitre premier. Ils débarquèrent dans mon bureau un jeudi… » David Morgon a jeté les mots sur le papier ; le temps lui est compté. Il rajuste ses petites lunettes rondes, considère un instant le hall de l’hôtel de ville, avant de revenir à ses touches IBM. On a, ce 17 octobre 1986, placé ce petit écriteau devant lui : « Un auteur de polar sous les verrous – David Morgon a trois jours pour écrire son roman ». Petits et grands s’avancent, l’encouragent, « comme au stade ». Nouvelle giclée de lettres. Nouveau tintement de métal. Retour chariot.

Depuis sa « prison de verre », le romancier a vue sur les tentes de la première Fête du livre dont on a scellé le sort, quelques mois plus tôt en… Corrèze.

Le libraire Jacques Plaine et son acolyte Max Rivière portent ce projet fou depuis 1983. Un aller-retour à Brive, pensent-ils alors, pourrait convaincre le maire de Saint-Étienne. Sur place, François Dubanchet est effectivement séduit. Il fait savoir à l’édile briviste son intention de créer un événement similaire. Charbonnel, sur la défensive : « Cher ami, si vous voulez monter une fête à Saint-Étienne, annoncez-la pour le mois de juin, ici nous la faisons en novembre ». Mais Dubanchet d’ordonner : « Si la Foire de Brive est en novembre, la nôtre se tiendra mi-octobre ! »

Si tu ne viens pas à la fête, la fête ira à toi

« Brive m’en a gardé rancoeur un moment », se marre Jacques Plaine, 94 ans, dans son petit bureau de la rue Traversière. La mémoire de la fête – 40 ans cette année - est partout dans l’alcôve : vieilles affiches, piles d’archives, figures de papier glacé. L’homme raconte.

 

(Média en accès restreint)

 

En 1980, il joue les missionnaires : le professionnel veut convertir le grand public à la lecture. Sa méthode pour séduire le monde ouvrier ? Promener un bibliobus en sortie d’usines. La fête, décrète-t-il, aura lieu en plein air, au coeur de la vie citadine. Elle sera populaire et gratuite.

Sur le tapis rouge, invités de la première heure...

Régine Deforges, Maurice Denuzière, François Cavanna, Rika Zarai signent, les premiers, pour trois jours de dédicaces. Ils arrivent, le 17 octobre 1986, avec 180 de leurs homologues par le train de 13 h. Montent à bord d’un tramway spécial. Découvrent, sous le cadran de l’hôtel de ville, les marches habillées de rouge.

Le rusé libraire a fait appel à une compagnie d’échassiers pour s’assurer la présence de la foule. La place est noire de monde, on se croirait un jour de festival à Cannes. L’harmonie des mineurs joue ses meilleurs airs : aux grandes plumes les grands honneurs.

Laissant libre cours à leur « folie », les organisateurs ont bravé les « convenances » : mots croisés géants en façade de la mairie, jeux concours, cuvée spéciale, lâcher de ballons... Conviés les midis au restaurant municipal, essayistes et pamphlétaires se régalent des plats de Pierre Gagnaire.

Avec les éditions suivantes viennent montreurs d’ours, babets d’or... On loue le folklore de la manifestation. Le mot circule chez les éditeurs, les attachés de presse… « Comment tu sors un bouquin et tu ne vas pas à Saint-Étienne ? C’est incontournable ! Tu vas rigoler et puis tu verras, il y a une fanfare, des vélos ! » Vrai. Le dimanche, chacun délaisse son stylo pour grimper à Planfoy (c’est la Montée des Soleils de l’automne).

Simples curieux et grands lecteurs déambulent par milliers entre les tas de bouquins. « Par courtoisie, ils s’obligent à les avoir lus pour mieux accueillir leurs auteurs, commente Jacques Plaine. Les échanges sont donc ici, plus que partout, empreints de connaissance voire de reconnaissance et de savoir, enveloppés de gentillesse et de bonhommie ».

Conclure ? Il ne saurait en être question. Le 40e volume est en préparation.

Chronologie

chronologie fête du livre

3 choses à savoir sur

picto montre Le courroux de Bernadette

C’est à Paris, bien avant Saint-Étienne, que Jacques Plaine donne sa première fête en 1976. L’événement a lieu aux Tuileries, entre la Fête du cirque et la Fête de l’armée d’Yves Mourousi, présentateur du JT. Jacques Plaine y monte ses chapiteaux sans la moindre autorisation.

En 1977, décision est prise de déplacer la manifestation à Beaubourg. Invité de prestige, Chirac débarque avec 45 minutes de retard. « Bernadette était furax, raconte Jacques Plaine. Si bien que mari et femme ont fait la visite chacun de leur côté. Au bout de trois éditions, l’éditeur Robert Laffont m’a dit : "C’est bien, mais Paris mérite mieux que ça quand même. Dorénavant, nous ferons un salon" ».

 

picto babet  Les babets d'or

Comment récompenser les auteurs primés sur la fête ? Jacques Plaine rêve d’un « objet typiquement stéphanois qui ne vaille rien, pour railler tous ces prix en or ». Il pique l’idée du babet à Maurice Denuzière, auteur du conte Alerte en Stéphanie, dont l’histoire est celle-ci : « Lorsqu’un Stéphanien meurt, on plante sur sa tombe un petit sapin. Quand celui-ci grandit, tout en haut pousse un babet. Si ce dernier est en or, ce Stéphanien était un homme de bien. »

 

picto tour eiffel  En goguette à Paris

Lancée en avant-première à la capitale, la Fête du livre est l’occasion de retrouvailles annuelles au Musée des arts forains, à la Société des gens de lettres, au Balajo… « Nous quittions Saint-Étienne la veille à 19 h, le coffre chargé de nourriture achetée chez Vérot (le traiteur, N.D.L.R.), se souvient Jacques Plaine. Nous couchions chez ma belle-mère pour repartir à 3 h. Le Jour J, les employés du Train bleu (dont le patron était Ligérien) assuraient le service auprès des attachés de presse et des auteurs. »

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